Contribution

Charte des « valeurs québécoises » - Communiqué

Québec, jeudi 12 septembre 2013 – Le Centre Culturel Islamique de Québec (CCIQ) est consterné par le contenu du projet de charte des « valeurs québécoises », qui alimente la controverse et nourrit une perception de discrimination entre les québécoises et les québécois. Le CCIQ s’inquiète à bon droit de la perturbation sociale que ce projet est entrain de susciter dans l’esprit des citoyens du Québec.

Le CCIQ est aussi préoccupé par les conséquences et l’impact de la loi qui sera issue de ce projet de charte sur la communauté musulmane du Québec en général et les femmes musulmanes en particulier.

Le CCIQ est d’avis aussi que ce projet de charte risque de porter atteinte au droit des femmes à l’égalité qui est déjà un acquis au Québec depuis plusieurs décennies. En effet, tout en reconnaissant le principe du respect de l’égalité entre les femmes et les hommes, l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires exclut d’emblée les femmes musulmanes, qui choisissent de porter le voile islamique, de la possibilité d’occuper un emploi dans les institutions publiques notamment dans l’appareil gouvernementale, les municipalités, les commissions scolaires et les centres de santé.

Rappelons ici que le port du voile islamique pour ces femmes est une pratique religieuse et non pas un simple signe religieux et que l’accès à l’emploi dans les institutions publiques doit être disponibles selon les compétences de chacun et chacune à tous les québécoises et québécois.

De plus, en ciblant particulièrement les femmes musulmanes, ce projet de loi aura pour effet d’accentuer la discrimination déjà visible à leur endroit et de nuire à leur intégration et à leur participation à la vie citoyenne. Le CCIQ est d’avis que le droit à l’égalité passe par la pleine reconnaissance des droits économiques et sociaux de tous les citoyens du Québec sans distinction.

Le CCIQ est d’accord avec un État québécois neutre. Celui-ci doit demeurer neutre ne favorisant pas une religion plus qu’une autre ; il doit, de plus, demeurer le reflet de la société qu’il représente, soit une société pluraliste et qui respecte les droits des minorités.

Penser que la qualité des services de l’État serait diminuée, voire faussée par le fait que ceux-ci sont dispensés par des agents de services publics du Québec qui affichent leurs croyances religieuses, constitue un grave préjugé et préjudice pour ces personnes du point de vue de leur intégrité, de leur compétences et de leur neutralité.

Le CCIQ appuiera toujours une politique dont la priorité est de rassembler les conditions favorables pour donner la chance à toutes les citoyennes et tous les citoyens d’avoir un emploi et un gouvernement soucieux de la sérénité et de la concorde entre les citoyens par la mise en œuvre de politiques sociales équilibrées et justes pour toutes et tous.

Le CCIQ s’est fait un devoir de participer aux divers débats publics dans le cadre des commissions parlementaires notamment à la Commission Bélanger-Campeau, celle sur la culture, sur la lutte contre le racisme et la discrimination et à la Commission Bouchard-Taylor ou encore lors des consultations publiques comme celle portant sur le projet de loi 941. À cet effet, le Centre culturel Islamique de Québec, organisme charitable incorporé au Québec et au Canada depuis 1985, demeure ouvert et disponible à participer activement à toute consultation publique autour de projet de charte des « valeurs québécoises ».

1 http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/AudioVideo-34011.html

Mémoire du CCIQ sur le projet de loi 94

Mémoire présenté à La commission de consultation sur le projet de loi n° 94 : Loi établissant les balises encadrant les demandes d’accommodement dans l’Administration gouvernementale et dans certains établissements…

Télécharger le mémoire

Synthèse des mémoires des différentes communautés musulmanes du Québec

FACULTÉ DE THÉOLOGIE, D’ÉTHIQUE ET DE PHILOSOPHIE DE SHERBROOKE

Les musulman(e)s du Québec : problématiques, revendications et pistes de solutions proposées à l’État

JEAN-FRANÇOIS THERRIEN

Dans le cadre du cours de maîtrise

SHR 882 Normativité, culture et religion

18 avril 2007

Table des matières

1. Introduction p. 1.

2. Contexte de la communauté musulmane et terminologie du racisme et de la discrimination au Québec p. 4.

a. Aperçu sur l’immigration musulmane du Québec p. 4.

b. Obligation spirituelle en contexte d’immigration p.

c. Historique juridique de la discrimination et du racisme p.

d. Terminologie p.

3. Revendications et pistes de solutions pour contrer le racisme et la discrimination musulmane : Faire respecter les normes québécoises p.

1ère orientation : Coordonner les efforts p.

a. Impliquer la société civile p.

b. Évaluer et mesurer la discrimination p.

c. Stimuler et déployer les efforts gouvernementaux p.

2ième orientation : Reconnaître et contrer les préjugés et la discrimination p.

a. Éduquer et sensibiliser, école et médias p.

b. Favoriser le rapprochement interculturel p.

3ième orientation : Renouveler nos pratiques et nos institutions p.

a. Assurer l’accès à l’emploi p.

b. Intégrer le pluralisme dans la prestation des services p.

c. Améliorer le respect et l’exercice des droits p.

4. Conclusion p.

Bibliographie p.

1. Introduction

À l’heure des débats sur les accommodements raisonnables, il convient d’approfondir la réflexion en ce qui concerne les minorités ethniques et religieuses qui confrontent les normes et les valeurs de la société québécoise. Justement, c’est en 2006, du 13 janvier au 1 novembre 2006, que l’assemblée nationale du Québec a mandaté la commission de la culture d’établir une consultation générale sur un document intitulé Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination. À cela sont venu s’ajouter les mémoires et les documents de différents organismes et intervenants mettant en évidence leur point de vu sur la question. La dynamique de ce rapport sera mise en place dès le printemps 2007 afin de parvenir à mieux intégrer et unifier tous les concitoyens du Québec autour de principes communs respectant la dignité de tous et de chacun.

Remarquons qu’à notre époque, la province est en pleine mutation et qu’une crise identitaire, autant chez les Québécois de souche que chez les immigrants, se dessine à l’horizon. Tous veulent vivre, et cela dépendamment de la profondeur historique de leur mémoire collective, dans une société juste où ils pourront se mouvoir librement, sans discrimination, sans raciste et où tous les individus seront égaux devant la loi. Le gouvernement québécois et canadien, en tant qu’État de droit positif, a ce rôle de régulateur social à jouer face à la grande diversité culturelle, ethnique et religieuse présente en son sein.

Dans ce présent travail, nous allons nous pencher sur la question religieuse et plus particulièrement sur la problématique des musulman(e)s et du mode de vie islamique au Québec. Les musulman(e)s ont-ils la possibilité de vivre, selon leurs sources religieuses, en harmonie et en symbiose à l’intérieur du cadre juridique de l’État québécois? Avec les Québécois(e)s de souche et les immigrant(e)s des autres origines? Les séances publiques et les documents des intervenants qui ont participé à la commission mentionnée précédemment vont être notre point d’encrage afin de saisir les défis auxquels ils sont confrontés ainsi que les solutions qu’ils proposent. C’est la responsabilité de l’État d’écouter et de mettre en place les moyens concrets afin que sa paix sociale soit préserver, en autant toutefois qu’il ait une réelle volonté d’améliorer le sort de l’ensemble de ses concitoyens.

Dans ce grand débat social sur l’avenir harmonieux de la société québécoise, la participation des musulman(e)s s’avère essentiel à sa construction positive. Ils sont là pour rester et le Québec a besoin de cette main d’?uvre afin de stabiliser sa population et d’accroître son économie. Néanmoins, ce qui interroge les consciences, c’est leur attache profonde à leur religion, à cette spiritualité englobante qui leur dicte un mode de vie devant rappeler Dieu à tous les instants. En aucun cas, ils ne peuvent faire de compromis là-dessus. C’est justement sur ce point litigieux que les consciences se percutent.

Au-delà de ce constat dépassant la laïcisation et la sécularisation de la société, les fidèles musulmans ont le devoir de se conformer et de faire respecter les normes et les valeurs de la société dans laquelle ils vivent et c’est exactement ce qu’ils ont fait lors de leur intervention à la commission. C’est au nom de leurs références religieuses, allant de pair avec les lois du Québec et du Canada qu’ils revendiquent et qu’ils veulent se faire entendre. Dans les faits, c’est au gouvernement du Québec, pour le cas qui nous occupe, de faire jurisprudence afin de favoriser leur pleine participation et de parvenir à l’union de tous ses concitoyens. C’est en se rapprochant des valeurs universelles, des droits de tous les individus et de l’éthique qui en découle, qu’une société pourra récolter les fruits de sa pluralité culturelle, ethnique et religieuse.

2. Contexte et terminologie du racisme et de la discrimination au Québec

Avant d’identifier les tensions normatives inhérentes entre les musulman(e)s et l’État québécois, nous allons émettre dans cette première partie le contexte, l’historique de l’immigration musulmane, les obligations spirituelles en espace d’immigration, l’historique juridique de la discrimination et du racisme au Québec, ainsi que le cadre terminologique du document Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination.

a. Aperçu sur l’immigration musulmane du Québec

La présence de la communauté musulmane au Québec date des années cinquante, mais c’est seulement au milieu des années soixante que le flux des immigrants musulmans devient important et il n’a pas cessé d’augmenter jusqu’à aujourd’hui. L’Islam est aujourd’hui la deuxième plus grande religion de la province après les catholiques. Mais à la suite des événements du 11 septembre 2001, la quiétude relative que les musulman(e)s vivaient a été envenimée par une montée d’incompréhension, de préjugées et de discrimination ethnique et religieuse à leur égard.

À l’origine, les immigrant(e)s musulman(e)s sont, pour la plupart, venue(e)s pour améliorer leur condition de vie d’un point de vu économique ou pour fuir l’intolérance raciale et idéologique, la persécution religieuse ou politique, la famine, la guerre ou toutes autres formes d’injustices présents dans leur pays respectif. La majorité de cette immigration sont d’origines maghrébines et ils font partie du phénomène identifié là-bas comme « la fuite des cerveaux ». Ils ont choisis le Québec pour la francophonie et les valeurs démocratiques. Ils apprécient cet espace où la liberté de culte, de religion, de respect et d’égalité règne. Ils se sentent à l’aise avec les lois du Québec et du Canada qui leur assurent protection et recours face à toute forme d’injustice. Enfin, ils considèrent tout simplement pouvoir avoir une vie meilleure ici que là-bas, pour eux et leurs enfants.

Malgré ce constat positif, nombre de Québécois(e)s de souches considèrent que leurs références religieuses font d’eux « d’éternel suspect ». Le 11 septembre, la surexploitation de cet événement tragique par les médias et l’instrumentalisation de la lutte antiterroriste ont renforcé ce sentiment de méfiance et d’appréhension. Le danger est bien là, dans cette non reconnaissance de cet « autre » étranger à la culture ambiante. Le gouvernement du Québec doit donc légiférer afin de mettre en place les conditions favorables à leur intégration, au risque que si aucun effort n’est fait, ils se replient sur eux-mêmes et réagissent très négativement face à leur sort incertain. C’est dans le but de contrer l’émergence d’un tel phénomène que la future politique veut agir.

b. Obligation spirituelle en contexte d’immigration

Trop souvent, les événements internationaux poussent les musulmans sur la défensive et leurs concitoyens s’arrangent pour les questionner sur leur appartenance à leur communauté de foi et leur attache à la nation québécoise comme si l’un était obligatoirement séparé de l’autre. D’un point de vue intérieur à l’Islam, dans la perspective de leur source identitaire que son le Coran et la Sunna, les musulmans sont contraints à un certain nombre de droit et de devoir, face à Dieu et à tous les êtres humains, afin de vivre dans une société non musulmane comme la nôtre. Les savants musulmans, dont Tariq Ramadan propose le consensus, affirment que si ces conditions ne sont pas remplies, ils n’ont pas le droit d’y immigrer.

Du point de vue des devoirs religieux, les musulman(e)s ont une identité spirituelle qui leur est propre. D’abord, leur religion attend d’eux qu’ils soient liés à Dieu par une vie spirituelle intense et permanente. Ce qui est garantie par la liberté de conscience présente au Québec. Ensuite, ils doivent respecter leurs commandements religieux et accomplir les pratiques cultuelles prescrites. Ce qui est permis par la liberté de culte. Avec cette liberté de conscience et de culte, les musulmans ont besoin d’une reconnaissance et une protection fondée sur le respect et la sécurité tel qu’affirmé par la Charte québécoise des droits et liberté de la personne. En quatrième lieu, les musulmans doivent témoigner du contenu de leur foi qui est, selon eux, révélé par Dieu à l’univers, à travers la révélation du Coran. Ce qui est encore une fois certifié par la liberté d’expression qui leur permet de présenter et d’expliquer ce que sont leur foi, leur religion et leur mode de vie. Enfin, la spiritualité musulmane trouve son épanouissement total à travers l’action et la participation du croyant aux affaires sociales en général tel que vue par la participation citoyenne.[1] Ces cinq éléments constitues le cadre général que les sources musulmanes demandent aux croyants de respecter afin qu’ils aillent le droit de vivre dans un territoire non musulman.

Du point de vue des droits, la société québécoise protège et respecte un certain nombre de droits pour tous et qui se retrouvent en conformité avec les références islamiques. Il y a cinq droits fondamentaux qui sont acquis et garanti par l’État Québécois. Les musulmans ont le droit de pratiquer l’Islam et il n’existe pas d’interdiction concernant la prière, le paiement de la zakât, le jeûne ou de l’accomplissement du pèlerinage. Ils ont également le droit à la connaissance qui permettent d’appliquer la tradition prophétique : « La recherche du savoir est un devoir pour tous les musulman(e) ». Ils ont aussi le droit de fonder des organisations afin d’arranger leur communauté d’un point de vue local autant qu’au plan de la province, même si un tel organisme n’existe pas encore. Les musulmans ont le droit également à la représentation autonome, en ce sens qui sont libres de créer les structures qu’ils considèrent le mieux appropriés pour leurs besoins. Enfin, ils ont droit de faire appel à la loi lorsqu’ils sont confrontés à certains problèmes. Ils ont ainsi la possibilité d’avoir recours au pouvoir judiciaire et d’engager une procédure légale contre des décisions leur paraissant infondées ou injustes. Ces espaces juridiques de l’État de droit positif du Québec donne la possibilité aux musulmans de vivre en conformité avec leur croyance et d’avoir la possibilité de revendiquer et de faire évoluer les lois à leur avantage.[2]

Outre ce bref survol des droits et des devoirs des musulmans, en dernier recours, les musulmans peuvent faire appel à la clause de conscience[3] ou pour le Québec, les accommodements raisonnables. Tout le monde devrait savoir que l’éthique musulmane demande aux croyant(e)s de déterminer ce que en conscience il peut faire et ce qu’il devra éviter. Dans ce dernier cas, les choses sont parfois très claires, principalement lorsque cela est interdit par l’Islam mais permis dans la législation québécoise et canadienne : par exemple, l’alcool, les drogues, l’intérêt en économie, le concubinage et les rapports sexuels extraconjugaux. Les musulmans ont le choix et devrait acquérir la volonté de se tenir à l’écart de tout ce qui ne correspond pas à son identité et à la pratique correcte de l’Islam. C’est de l’ordre de sa responsabilité devant le Créateur. Mais la tension est bien présente entre sa foi dans sa conscience et les devoirs liés à sa nationalité. Dans une telle situations, il devrait pouvoir se référer à la notion de « clause de conscience » qui lui permet d’indiquer que certains actes ou comportements sont en contradiction avec sa foi. Devant les fondements de sa croyance, de la liberté de culte et le respect du principe de justice, l’interdiction de tuer pour le pouvoir ou pour l’argent sont de cette nature et le non-respect de ces prescriptions sape les fondements de l’identité musulmane. Ce sont des cas limite qui pousse la communauté musulmane québécoise à s’intégrer par le juridique, c’est-à-dire d’accepter le contexte et les lois dans lequel il vivent, afin de trouver un moyen de vivre en harmonie avec leur conscience. L’État québécois offre cette possibilité et c’est en ce sens qu’ils doivent revendiquer.

c. Historique juridique de la discrimination et du racisme

Depuis toujours, le Québec est une terre d’immigration, mais c’est dans les années soixante-dix que les problèmes entre les immigrant(e)s et les québécois(e)s de souches se sont fait de plus en plus sentir. Plus précisément, c’est en 1975 que l’état a adopté la Charte québécoise des droits et liberté de la personne afin d’interdire toute forme de discrimination basée sur la « race », la couleur, l’origine ethnique, nationale ou religieuse.

En 1986, le gouvernement du Québec a poursuivi dans cette voie en écrivant la déclaration sur les relations interethniques et interraciales qui condamnait sans réserve le racisme et la discrimination « raciale » et s’engageait à favoriser la pleine participation de toute personne indépendamment de sa couleur, de sa religion, de son origine ethnique ou nationale au progrès économique, social et culturel du Québec. Du même souffle, l’État affirmait sa volonté à ce que soit respecté l’égalité des droits dans les domaines juridiques, du travail, du logement, de la santé, des services sociaux et de l’éducation.

En 1990, la politique en matière d’immigration et d’intégration appelé Au Québec pour bâtir ensemble exprimait clairement le fait qu’il fallait s’attaquer encore plus fortement au racisme et à la discrimination. Puis une décennie plus tard, le plan d’action gouvernemental 2004-2007, Des valeurs partagées, des intérêts communs ? pour assurer la pleine participation des Québécois des communautés culturelles au développement du Québec a fait de la lutte contre la discrimination un de ses objectifs prioritaires, ce qui a mis en branle, en 2006, la commission de la culture d’établir une consultation générale sur un document intitulé Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination qui nous intéresse pour ce travail. Cette lutte est un travail de longue haleine et continuellement à répéter pour le gouvernement.

d. Terminologie

Les notions utilisées par la consultation pour la pleine participation des Québécoises et Québécois des communautés culturelles : Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination sont les suivantes :

Le racisme possède plusieurs dimensions. On peut le définir comme l’ensemble des idées, des attitudes et des actes qui visent à inférioriser les personnes des minorités ethnoculturelles, sur les plans social, économique et politique, les empêchant ainsi de participer pleinement à la société.

Les préjugés sont des opinions préconçues basées sur des stéréotypes. Ce sont des jugements, habituellement défavorables, portés par un individu sur un autre individu qu’il ne connaît pas, en lui attribuant les caractéristiques attachées au groupe auquel il appartient.

La discrimination est une distinction, exclusion ou préférence fondée sur les motifs interdits pas la Charte québécoise des droits et libertés de la personne qui a pour effet de détruire ou compromettre l’exercice de ces droits et libertés. Ces motifs sont : la « race », la couleur, le sexe, la grossesse, l’orientation sexuelle, l’état civil, l’âge sauf dans la mesure prévue par la loi, la religion, les convictions politiques, la langue, l’origine ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou l’utilisation d’un moyen pour pallier ce handicap. La discrimination peut se manifester autant par l’exclusion que par le harcèlement ou un traitement défavorable.

Le harcèlement est une forme particulière de discrimination. Il peut se manifester, à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes, notamment par des paroles, des actes ou des gestes répétés, à caractère vexatoire ou méprisant. Un seul acte grave engendrant un effet nocif continu peut aussi constituer du harcèlement.

La discrimination directe se présente lorsque la distinction, l’exclusion ou la préférence se fonde clairement sur l’un des motifs interdits par la Charte québécoises des droits et libertés de la personne. Ainsi, un employeur qui refuse d’embaucher un Noir du seul fait qu’il est Noir fait de la discrimination directe.

La discrimination indirecte provient de l’application d’une pratique en apparence neutre et applicable à tous, mais qui a des effets préjudiciables envers les groupes définis sur la base des motifs de discrimination interdits par la Charte. Ainsi, fixer une taille élevée pour l’accès à certains métiers, et ce, sans raison liée à la nature du travail, discrimine indirectement les femmes et les personnes des communautés culturelles qui ont en moyenne une taille inférieure. Aucune intention de discriminer n’est ici en cause. La discrimination provient de normes et de pratiques arbitraires souvent héritées sans examen critique d’époques plus anciennes. L’analyse des pratiques est donc nécessaire pour la dépister.

On parle de discrimination systémique lorsque diverses pratiques, décisions ou comportements se combinent à d’autres pratiques au sein d’un organisme ou à celles d’autres institutions sociales pour produire de la discrimination. Les pratiques de discrimination sont alors des maillons de chaînes parfois longues et complexes, où les pratiques discriminatoires se renforcent mutuellement. La responsabilité n’est pas imputable à un élément particulier. La discrimination directe, la discrimination indirecte et la discrimination systémique peuvent également se combiner et renforcer l’exclusion, économique ou sociale.[4]

En reprenant les différentes notions mentionnées précédemment et mis en relation avec les travaux de la commission de la culture ainsi que les mémoires déposés par la communauté musulmane du Québec, voici ce qui en ressort.

Pour ce qui est du racisme, c’est le racisme institutionnel qui décourage le plus la communauté musulmane. Le premier exemple d’un tel racisme est le financement gouvernemental des écoles juives et chrétiennes tandis que les rares écoles musulmanes n’ont pas le droit au même traitement de faveur. Le second exemple s’est vu lors de la motion du parlement qui a condamné l’arbitrage religieux en matière de droit familial pour les musulmans, les tribunaux islamiques. Cela n’a ostracisé que les musulmans parce que les autres communautés religieuses, juives, catholiques et protestante, ont les leurs quoi que cela leur soit interdit par le Code civil québécois. De même, cette motion a été voté à l’unanimité par l’assemblée nationale du Québec, alors que les musulmans de la province n’ont pas demandé à l’État de se pencher sur la question et qu’ils n’ont même pas été consulté parce que la protection des femmes et des enfants passe à l’avant plan, là exactement où l’arbitrage islamique devait se rendre utile. Mais l’ignorance et la peur à encourager un jugement rapide, sans pourparler avec la communauté musulmane et donc sans compréhension des avantages et des inconvénients sur la question.

Pour les préjugés, nous remarquons qu’ils sont causés par l’ignorance des gens qui font des amalgames entre arabe, musulman et terroriste. Beaucoup de musulmans ne sont pas arabe et qu’une infime parti, par leur propre ignorance de leur religion, penche vers le terroriste. Un autre exemple du genre est que les musulmans qui font la prière 5 fois par jour à la mosquée sont des terroristes. Dans ces cas, c’est une généralisation et une réduction très néfaste pour la communauté musulmane du Québec. Il en va de cette même pour les femmes musulmanes qui portent le voile, hijab. Cela ne veut pas dire qu’il est imposé par leur mari ou qu’elles soient soumissent à lui, mais à Dieu Seul. La femme musulmane peut être épanoui, avoir une famille unie avec un mari et des enfants qui s’aiment. Elle peut choisir pour elle-même et vivre sa vie comme elle veut.

La discrimination peut se manifester, par exemple, chez les musulman(e)s qui cherchent un logement. Ils peuvent arriver de l’étranger, avoir un faible revenu, de nombreux enfants, et par ces faits le propriétaire de leurs réponde par la négative afin de préserver sa quiétude.

Les exemples d’harcèlement recensés par les musulman(e)s sont l’intimidation, des menaces directs ou par téléphone, des injures, des refus de services, des coups physiques, la profanation de mosquée, d’école, d’association ou de centre islamique ainsi que dans des cas extrêmes la menace de mort.

Pour la discrimination directe, le premier exemple est le refus par les employeurs de rencontrer certains futurs employés à cause de leur nom arabophone. Lors des entrevus d’embauche, il y a souvent des questions insidieuses sur les origines et la pratique religieuse des futur(e)s employé(e)s qui sont loin de mettre en question les compétences de travail. Il peut aussi avoir chez les musulmanes un refus d’embauche pour la simple raison qu’elles portent le hijab. Il y a également de graves problèmes de reconnaissances des diplômes et d’insertion à l’emploi parce que les employeurs veulent un rendement optimal et immédiat. Ce qui peut être problématique lorsque l’emploi demande de voyager aux États-unis et que l’employé est arabophone.

Pour la discrimination indirecte mentionnons les certificats de sécurité qui sont émis de manière très arbitraire.

Pour ce qui est de la discrimination systématique cela peut être un mélange de tous les exemples mentionnées précédemment en un seul lieu, par exemple l’aéroport.

Toute la future consultation générale de lutte contre le racisme et la discrimination ainsi que les mémoires et les documents des organismes musulmans qui y ont participé se fondent sur ces notions et les exemples d’injustices qui y sont associées. Pour la suite de ce travail, nous allons utiliser l’ossature proposée par le document de consultation en y faisant intervenir seulement les revendications et les solutions apportées par la communauté musulmane du Québec.

3. Revendications et pistes de solutions pour contrer le racisme et la discrimination musulmane : Faire respecter les normes québécoises

1ière orientation : Coordonner les efforts

Le gouvernement du Québec, par sa politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination propose d’élaborer un nouveau contrat social tributaire de l’adhésion de l’ensemble des citoyens. L’état veut ainsi favoriser concrètement et dans le long terme l’ensemble de sa pluralité. Sa stratégie tourne autour de trois axes qui sont d’impliquer la société civile et d’accroître les partenariats, d’évaluer et de mesurer la discrimination ainsi que de stimuler et déployer les efforts gouvernementaux. Nous allons approfondir ces différents aspects dans la perspective de la communauté musulmane

a. Impliquer la société civile

Le bilan de la situation établi par le gouvernement québécois montre que les intervenants impliqués dans la prestation de services offerts aux membres de leur organisation, centre culturel et mosquée général ne sont pas tous aux mêmes points. Il se différencie selon le milieu, qu’il soit urbain ou régional, ainsi qu’en fonction du nombre des demandes et des besoins. Certains services sont axés presque exclusivement pour les musulmans eux-mêmes, et d’autres, sont plus ouvert et accepte plus aisément les non musulmans dans leur activité. Le gouvernement doit alors encourager les associations à faire un travail d’autocritique de leur fonctionnement ainsi que de former, informer et réformer leur membres afin qu’ils deviennent actifs et responsables selon les normes québécoises. Toute formes de passivité, de victimisation et de désorganisation ne peuvent être accepté.

Dans le but de mieux desservir la communauté immigrante musulmane, les principales mesures qui ont été adopté, dans le cadre du développement des relations interculturelles et de lutte contre le racisme, sont l’aide au logement, à l’emploi, à un soutien psychologique quoi que non professionnel, à la formation de ses membres à la culture, à l’histoire et aux valeurs québécoises, ainsi que de fournir de l’information aux nouveaux immigrants afin qu’ils puissent savoir leur droits et ressources si nécessaire. Tous ces points sont des mises en situation permettant la formation et l’exercice de la citoyenneté active. Toujours à l’interne, les cours de religion et de spiritualité sont des ressources fondamentales afin que les immigrants musulmans apprennent mieux leur religion et le comportement qui doit en découler dans la société.

Pour un plus large public, il y a des journées portes ouvertes qui sont organisées, des souper de rupture du jeûne lors du Ramadan et il y a des bibliothèques et des librairies islamiques dans presque tous les centres. Il y a également des cours d’arabe et parfois de cuisine traditionnelle sous la supervision des organismes communautaires des municipalités. Il y a aussi des forums de discussion sur Internet où des échanges traitant du mode de vie islamique dans la société ont lieu et où les annonces des activités des communautés sont diffusées.

Jusqu’à aujourd’hui, tous ces services ont été faite de manière ponctuelle et non pas de manière proactive. C’est pourquoi l’État doit encourager l’engagement communautaire par le financement, privé ou gouvernemental, par la création d’outils pédagogiques, guides, journaux, émission de radio et de télévision aidant à la diffusion de l’information pour tous et permettant une compréhension plus profonde de l’application du mode de vie islamique pour les musulmans eux-mêmes.

La communauté musulmane fait la recommandation au gouvernement de décerner davantage de prix québécois de la citoyenneté afin de souligner les efforts des personnes ou d’organismes qui se distinguent en matière d’apport exceptionnel à la société québécoise, d’aménagement de la diversité, d’accès à l’égalité à l’emploi, de lutte contre le racisme et de rapprochement interculturel. Mais il faut surtout que l’État aide les divers organismes musulmans financièrement et par des ressources humaines concrètes permettant aux immigrants, par exemple, d’être mieux éduqué au débat constitutionnel et politique du Québec au sein de la fédération canadienne, au statut de la langue française, au bilinguisme et à la place de la religion à l’école pour ne nommer que ceux-là. Cela contribuera à long terme à la reconnaissance des musulmans et favorisera leur intégration active et positive.

b. Évaluer et mesurer la discrimination

Afin d’appuyer le développement économique, social et culturel de la communauté musulmane du Québec, le gouvernement doit documenter adéquatement la situation et mesurer les phénomènes reliés à discrimination tant dans leur ampleur, leur forme que leur dynamiques. Il y a sur ce sujet un manque flagrant de recherche et d’enquête. Même s’il y a plusieurs ministères et organismes qui y travaillent, par exemple le projet Metropolis[5], le projet d’Immigration et métropoles, l’Observatoire international sur le racisme et les discriminations de l’Université de Québec à Montréal, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et l’Institut de la statistique du Québec qui fournissent tous des données importantes, mais cela n’est pas encore suffisant. Le gouvernement québécois doit mieux encourager et coordonner les recherches, les données et les échanges afin d’établir un bilan régulier sur la question et de protéger et sensibiliser mieux les populations souffrantes du racisme et de discrimination tel que vécu par la communauté musulmane.

Les musulman(e)s revendiquent également dans ce sens. Ils pensent qu’il doit avoir la création d’un observatoire sur la discrimination ou un organisme du genre qui doit surveiller les gestes haineux et les comportements discriminatoires. Il faut qu’une telle institution puisse être habilité à recevoir les plaintes sur la discrimination, et cela, parallèlement à la Commission des doits de la personne. Il faudrait enfin qu’elle puisse mieux protéger et défendre les droits des immigrants devant les tribunaux. Mais tous cela dépend encore une fois de la capacité de l’État à ouvrir ses coffres afin d’y assurer le bon fonctionnement.

c. Stimuler et déployer les efforts gouvernementaux

À la suite de la création d’un bilan annuel sur le racisme et la discrimination à venir, l’État québécois pourra dégager des consensus, des priorités et des pistes d’action afin de corriger les inégalités et la discrimination systématique lorsqu’elles se manifestent. Il lui faudra ensuite assurer la cohérence et la synergie afin d’encourager les partenariat entre lui même à l’interne, les organismes musulmans ainsi que ceux de la société civile dans son ensemble. Parfois même, il va falloir qu’il délègue certain programme d’aide aux régions parce que ce sont eux qui sont les premiers affectés par les injustices subites par une partie de sa population.

Mais avant que cela soit fait, elle doit surtout travailler à mettre en place des politiques économiques et sociales encourageants la pleine participation des musulmans à la vie active du Québec. Cela pourrait être le cas des accommodements raisonnables, mais ce n’est pas suffisant. Des ateliers de sensibilisation et des guides comme ceux sur « l’islamophobie », le harcèlement discriminatoire au travail et le guide anti-discrimination pour louer un logement de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse sont aux yeux des musulmans plus utile pour le moment. Ils proposent qu’une attention particulière soit portée à la lutte contre la frustration des parents afin de ne pas contaminer la jeune génération musulmane née ici et presque qu’inconsciente des préjugés et stéréotypes importés ou subit par leur proche.

2ième orientation : Reconnaître et contrer les préjugés et la discrimination

Les Québécois(e)s sont dans l’ensemble tolérant et les relations interculturelles y sont généralement empreintes de civilité. Cependant, les préjugés et la discrimination demeurent présents et cela même sans que les gens en soient nécessairement conscients. Il y a une grande méconnaissance et ignorance de la psyché musulmane pour les Québécois et de la psyché québécoise pour les musulmans. La société québécoise doit acquérir une projection juste de l’Islam et des musulmans et la communauté musulmane doit avoir un meilleur accès à l’imaginaire québécois afin qu’ils trouvent ensemble l’espace commun où ils pourront s’épanouir et défendre leur droit. Ce lieu commun, devant favoriser la pleine adhésion de tous, devrait se retrouver dans la culture publique et devrait comprendre, entre autre, la langue française, l’état de droit, la laïcité, le droit civil et de la jeunesse, la Chartes des droits et libertés, l’assisse démocratique, la tolérance, la solution pacifique des différents et des conflits, l’égalité des sexes et la solidarité sociale, etc. L’adhésion à ces valeurs communes devrait être le fondement de tous engagements, le contrat social et moral, pour tous les citoyens. Ainsi, en contrepartie et en vertu du dit contrat, ces mêmes personnes sont en droit de s’attendre à des règles de jeu clair où ils comprennent l’importance citoyenne, leurs responsabilités et les exercices qui y sont associés. De cette manière, le racisme et la discrimination qui persiste aujourd’hui devraient être contrés par la future politique. Se sont les mentalités et les comportements de part et d’autre qui doit être changé et rien n’est aisé dans ce domaine. Pour ce faire, l’État a fait deux choix stratégiques et complémentaire, soit l’éducation et la sensibilisation ainsi que le rapprochement interculturel. Il considère que c’est la seule mesure pouvant permettre de mettre un terme à l’ignorance, la méfiance et la méconnaissance de part et d’autre.

a. Éduquer et sensibiliser : école et médias

Les préjugés et les stéréotypes reflètent une vision partielle et déformée de la réalité. Ils constituent la matière première dont se nourrit le racisme et la discrimination auquel le gouvernement doit s’attaquer parce qu’ils creusent les frontières entre « nous », québécois de souche, et « eux » les musulmans du Québec. Les préjugés peuvent être construits et véhiculés de plusieurs manière dont l’éducation, les contacts interculturels négatifs, l’information partielle et incorrecte présente dans les manuels et les programmes scolaires, l’actualité ou les divers médias culturels comme le cinéma, les livres et les musées pour ne nommé que ceux-là. Ils peuvent favoriser la dépréciation et l’infériorisation des attitudes comme occasionner des mentalités généralisatrice et réductrice qui se répercuteront plus tard par des mauvais comportements face à autrui. Le pas est vite franchi et un sentiment de victimisation peut émerger comme ces sentiments exacerbés peuvent créer un climat de suspicion et d’hostilité. Dans un tel contexte, le document gouvernemental que nous étudions propose de centrer sa lutte sur l’éducation à la diversité et aux droits. Il mentionne qu’elle doit :

En plus d’informer elle doit conscientiser, c’est-à-dire permettre l’émergence d’une conscience sociale qui incorpore l’identification des inégalités et des injustices et la volonté de les faire disparaître. Elle doit également responsabiliser. Tous les citoyens devraient en effet être en mesure d’exercer leurs droits dans le respect de ceux des autres et de prévoir et d’assumer les conséquences de leurs gestes. En développant leur esprit critique et leur capacité d’analyse, ils seront en mesure de réaménager non seulement leurs relations personnelles, mais aussi la vie des institutions. Une véritable éducation aux droits doit viser, en fin de compte, à transformer le monde.[6]

Dans ce cadre, les principaux obstacles dont souffre la communauté musulmane québécoise sont les amalgames où les Arabes et les musulmans sont confondus.[7] Ils peuvent également être perçu par certain comme des fanatiques religieux et des terroriste motivés par la haine de la civilisation occidentale. Dans ce cas précis, se sont les images et le traitement médiatique, par exemple les conflits israélo-palestinien, Afghan ou Irakien, qui montrent seulement la perception de l’envahisseur plutôt que la vision des gens qui vivent les problèmes sur le terrain. Plus près de nous, une telle image est répandue dans les manuels scolaires où les préjugés tenaces sur la religion musulmane et la culture arabe sont transmis.[8] Cette fausse réalité nuit au développement et à l’intégration positive de la communauté musulmane du Québec parce qu’ils ont souvent le réflexe de ce replier sur eux-mêmes, se refermer sur une identité fermée plutôt que de s’ouvrir et de vouloir changer la perception que les autres ont d’eux en expliquant leur croyance. [9] Pour contrer ce fléau, la communauté musulmane et le gouvernement du Québec concourent à éduquer et à sensibiliser le grand public. En plus des journées portes ouvertes dans les mosquées, des souper du Ramadan, des bibliothèques et des librairies islamiques que nous avons mentionné précédemment, l’État s’est engagé par l’intermédiaire de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, du ministère des relations internationales, du ministère de la famille, des aînés et de la condition féminine, du ministère de l’immigration et des communauté culturelles et des organismes intervenants dans le domaine du logement à fournir des sessions de formation et d’information dans les milieux gouvernementaux, privés, scolaires, communautaires ect.. Actuellement, les séances portes surtout sur le racisme, l’islamophobie[10], la gestion de la diversité, du pluralisme, de l’éducation à la citoyenneté et de diverses questions relatives aux droits de la personne. Toute cette éducation pour adulte devrait améliorer le vivre-ensemble au Québec. Cependant, ce travail doit se constituer dans le long terme parce que les attaques répétées contre les musulmans et les mosquées québécoises montrent le potentiel de violence qu’il importe de minimiser et de corriger. La communauté musulmane demande donc que tous les pans de la population y soit sensibilisée, des professeurs et des directeurs des institutions scolaires, en passant par les agents de police, de sécurité, les gardiens de prisons, les médecins, les infirmières, les avocats, les juges et les fonctionnaires de l’État pour ne nommer que ceux-là. Ils doivent être éduqués et s’ouvrir à la diversité québécoise afin de lutter ensemble contre l’isolement, l’exclusion, la pauvreté, le racisme et la discrimination. Les adultes, ainsi sensibiliser, seront alors en mesure d’ouvrir l’esprit de la jeunesse ou du moins de montrer la voie à suivre.

L’éducation représente la pierre angulaire de la participation citoyenne et les musulmans demandent que celle-ci débute dès la garderie pour se prolonger dans le corpus scolaire. Les enfants qui fréquentent ces lieux ne font aucune distinction de race ou de religion. Les problèmes émergent lorsque les intervenants ou les professeurs souffrent intérieurement de préjugés négatifs face à la diversité. Il s’agit d’un phénomène populaire touchant des personnes plus âgées n’ayant pas ou peu eut de rencontre fructueuse avec des gens de d’autres origines, cultures et traditions. Il n’en est pas de même pour la jeunesse musulmane. Pour la plupart, ils sont nés au Québec et se sentent parfaitement québécois contrairement à leur parent qui véhicule une mentalité de là-bas et les gens de souches, les « baby-boomers », d’ici. Les uns comme les autres souffrent d’ignorance profonde et de fermeture sur les autres, ce qui n’est pas le cas des jeunes qui vivent quotidiennement la diversité. Nous appelons cela un possible choc générationnel auquel il faudra faire attention.

Toujours dans les institutions d’enseignement, en plus de l’ouverture aux religions du monde et de l’éducation civique, les musulmans demandent au gouvernement de revoir ses programmes d’enseignement afin qu’une conception globale d’ouverture à toutes les cultures émergent et que les valeurs universelles et pluralistes du monde ressortent. De plus, ils suggèrent à l’État de mettre en marche de nouveaux programmes d’enseignement privilégiant l’éducation à la diversité, au pluralisme, au civisme, aux valeurs de solidarité afin de contrer dans l’?uf le racisme et la discrimination. Ils proposent également que l’État s’engage à développer une nouvelle approche, plus ouverte, pluriel et diversifié, et moins ethnocentrisme, principalement dans les domaine des sciences humaines (histoire, géographie, économie) et de la littérature. Enfin, ils suggèrent d’introduire de nouveau support didactique, des jeux éducatifs et sportifs renforçant l’égalité de tous. Le but est simple. Ils auront le mérite de favoriser l’entre-connaissance, de faire valoir la diversité et de contribuer à rehausser l’image des immigrants et leur estime de soi. Il faut que les nouveaux québécois puissent devenir des travailleurs productifs au même titre que les autres citoyens. Grâce à la promotion de nouvelles générations riches par les cultures, ils pourront participer plus harmonieusement à la société et faire mieux valoir leur droit citoyen, et cela, dans le respect de chacun et dans l’intérêt du Québec.

Ces instituions scolaires, qui encadrent la jeunesse québécoise, sont des lieux communs par excellence, de véritable carrefour ethnoculturel, pour le développement de la culture citoyenne et l’enrayement des préjugés, du racisme et de la discrimination. Les musulmans sont convaincus que dans une société où l’on prend le temps et le soin d’inculquer, par tous les moyens, aux jeunes générations les valeurs de tolérance, de respect de l’autre et la compréhension mutuelle, le racisme est condamné à n’être qu’un phénomène marginal et en voit de disparition.

L’autre aspect de la sensibilisation doit se faire par et à l’aide des outils d’information. Les médias et l’Internet jouent un rôle clé et de premier plan dans les images que se représentent les citoyens des communautés culturelles, de l’apport de ceux-ci au développement du Québec ainsi que dans la promotion et la diffusion d’idées nouvelles au sein de l’opinion publique. Ils constituent également, si utilisé de la bonne manière, des moyens efficaces afin de combattre les préjugés, le racisme et l’intolérance. En général, ils se veulent représentatifs du changement des mentalités et se soucient de l’objectivité et de l’éthique journalistique même s’il y a des lacunes.

La communauté musulmane demande toutefois que l’information y soit mieux traitée, principalement lors de la couverture médiatique de certains événements internationaux. Ils suggèrent que par souci d’objectivité, les conflits qui impliquent par exemple le monde arabo-musulman soient analysés d’une vision extérieure et intérieure afin qu’il n’y ait pas d’augmentation de préjugés. Ce qui apportera des nuances face aux experts qui poussent parfois trop loin la logique américaine ou de ceux qui ne savent pas vulgariser l’information. Les musulmans considèrent que le simple citoyen n’a pas l’outillage critique nécessaire afin de comprendre toutes les nuances et il est très facile pour lui de se perdre dans des considération comme l’islamisme, mouvement politique qui souhaite faire de l’Islam la base régissant tous les aspects de l’État, et l’Islam, religion et spiritualité musulmane. Ce qui pourrait avoir comme répercussion, par incompréhension, de véhiculer des préjugés et de faire de la discrimination inconsciente. Une meilleure diffusion de l’information est donc nécessaire pour éliminer ce genre de risque.

Les médias sont des éducateurs de masses qui doivent favoriser l’ouverture et non pas la fermeture. Il faut qu’ils prennent garde à ne pas diffuser une information prête à penser, de tronquer des citations prisent hors contexte, de surreprésenter des actes violents causés par des musulmans et sousreprésenter les bonnes actions ainsi que de faire émerger des responsables musulmans qui ne sont pas représentatifs de la communauté musulmane. C’est toute l’éthique journalistique qui doit être revue et encadrée. Au Québec, les citoyens musulmans devraient être protégés par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications du Canada (CRTC), le Conseil de presse du Québec et le Conseil canadien des normes et de la radiotélévision (CCNR) qui est chargé de recevoir les plaintes et qui constitue le principal recours dans les cas d’injustice mettant en cause les médias d’information. Les musulmans pensent toutefois qu’il faudrait recentrer la liberté d’expression afin de ne pas dire tout et n’importe quoi parce que cela peut avoir de graves conséquences. Revoir les codes éthiques devrait permettre de combattre plus assidûment les discours haineux, le raciste et la discriminatoire. Ils suggèrent également que tous le lobbys de l’information soit revu afin de comprendre quelles idéologies ou tendances sont défendus. De plus, les musulmans, pour équilibrer la balance, demandent l’aide du gouvernement, judiciairement et monétairement, afin d’obliger les médias publiques à traiter mieux l’information des citoyens musulmans québécois et qu’ils puissent développer à leur tour des chaînes de télévision, de radio et des journaux alternatifs où ils pourront débattre entre eux, et devant un large publique, de toutes questions qui les touchent au Québec, de l’aspect spirituel aux problèmes socio-économique. Ils croient qu’ainsi qu’ils pourront montrer leur vrai visage, la redorer, faciliter leur intégration et faire contrepoids à une certaine information qui est toujours à la recherche du sensationnel. Mais pour le moment, l’ouverture de poste de journaliste à des musulmans dans les grands médias pourrait les satisfaire tout comme multiplier les reportages ou émission, comme La petite mosquée dans la prairie, qu’ils considèrent primordiale pour leur reconnaissance sociale qui a été déjà trop stigmatisée.

Enfin, le problème majeur de la communauté musulmane du Québec est qu’elle est à sa première ou deuxième génération et les structures de la communauté restent encore à mettre en place. Les besoins sont très criants et le manque de ressources humaines et financières sont majeur. Quoi qu’il en soit, les représentants de la communauté musulmane contribuent tranquillement mais sûrement à la vie culturelle québécoise. Ils proposent au gouvernement, pour favoriser leur intégration, d’être plus présent symboliquement. Par exemple, ils voudraient avoir une représentation dans la toponymie des noms de parcs, de rues, de plaques commémoratives. Ils considèrent qu’en pénétrant dans l’imaginaire québécois, ils auront réussis à s’intégrer pleinement et positivement à leur nouvelle société. Toutefois, malgré toutes les formes d’éducation et de sensibilisation qui peuvent être faite, rien ne vaut le contact humain et quotidien pour apprendre à se connaître.

b. Favoriser le rapprochement interculturel

Cette seconde approche, proposée par le document, a pour objectif de réduire l’ethnocentrisme par la valorisation des cultures, la compréhension interculturelle et la formation à la culture d’échange citoyenne. Au Québec, l’immigration musulmane est là pour rester et leurs relations interculturelles sont relativement harmonieuses principalement dans le tissu social urbain de la région de Montréal qui est très multiethnique et exempt de ghetto. Des québécois(e)s de toutes origines cohabitent dans les mêmes quartiers et partagent les espaces publics dans une civilité distante mais pacifique. Les lieux privilégiés des contacts interculturels sont plutôt à l’intérieur des milieux de vie comme l’école où ce fait l’apprivoisement des différences comme nous l’avons montré précédemment. En plus de favoriser le rapprochement entre futurs citoyens, ce lieu oblige, les uns comme les autres, à relativiser les différences de chacun et de délimiter l’espace commun qui doit faire ressortir les valeurs et les comportements acceptables pour un avenir harmonieux du vivre-ensemble au Québec. Ce dialogue interculturel engagé autour de valeurs communes tel que le respect et la solidarité est l’espace où l’éthique sociale et citoyenne peut émerger et faciliter l’intégration et la participation de tous.

Les principaux obstacles à ce dialogue sont principalement les préjugés et les stéréotypes racistes et discriminatoires que nous avons déjà mentionnés. Quoique les musulmans fassent parti du paysage montréalais, ce n’est pas nécessairement le cas pour le reste du Québec où les citoyens n’ont pas ou peu de contact avec cette communauté. Les tensions sont bien présentes et un équilibre est à trouver pour favoriser la participation de tous. Afin de rendre positive la richesse de la diversité, il y a certaine condition à mettre en place dont le dialogue interculturel constructif est le moyen par excellence pour repenser les valeurs, les attitudes et les comportements, bref la nouvelle formule non dite du contrat social à venir.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement québécois a réalisé certaine mesure pour favoriser et reconnaître les échanges, mais ceux-ci n’ont pas encore touché la communauté musulmane. Par exemple, elle n’a pas son festival musulman comme le festival chinois ou le festival Vues d’Afrique. La seule mesure qui la touche indirectement a été faite par le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, qui remet chaque années des Prix de la citoyenneté, soit le Prix Jacques-Couture pour la promotion du rapprochement interculturel, le Prix Charles-Biddle pour l’apport exceptionnel à la société québécoise, le Prix Anne-Greenup pour la lutte contre le racisme et le Prix Maurice-Pollack pour l’accès à l’égalité en emploi pour les Québécois issus des communautés culturelles et des minorités visibles, pour l’aménagement de la diversité ethnoculturelle et l’adaptation des services en milieu de travail. Beaucoup de travail reste à faire dans ce cadre, que se soit au niveau de la communauté musulmane que québécoise. Comme nous l’avons déjà e mentionné, les musulmans sont arrivés récemment et les structures internes à son fonctionnement et à la préservation de son identité ne sont pas encore adéquates. Ce qui les empêchent de ce concentrer uniquement sur le rapprochement interculturel qui les aiderait pourtant à s’intégrer plus rapidement à la vitalité culturelle du Québec, mais peut-être au risque de perdre quelques choses de leur identité.

Les musulmans revendiquent souvent une aide gouvernementale qu’ils voudraient financière afin qu’il se développe plus vite. Mais avant d’accorder de l’argent, l’État doit faire le bilan et des enquêtes afin de mesurer si ces pratiques de la gestion de la diversité sont utiles et quels sont les besoins primordiaux des communautés culturelles. De tel étude reste à faire, principalement pour les musulmans du Québec afin que le gouvernement puisse considérer s’il est possible qu’une aide leur soit accordée. Mais le rapprochement culturel dépasse les structures institutionnelles parce qu’ils se fondent au niveau des individus. C’est pourquoi un tel dialogue se retrouve à être une stratégie de l’État afin de combattre l’exclusion, ou l’auto-exclusion, la méfiance, l’ignorance et la méconnaissance mutuelle. À moyen et long terme, cette stratégie valorisera l’intégration et la participation citoyenne de tous en préservant et préparant la jeunesse de demain à gouverner dans la paix et la compréhension sociale.

3ième orientation : Renouveler nos pratiques et nos institutions

Aucune institution québécoise ne peut être qualifiée de raciste au sens idéologique du terme, que se soit la police, le système judiciaire, les services sociaux ou l’école. Cependant, des attitudes ou des comportements inappropriés de certains de leurs membres peuvent exister. Il y a aussi des règles ou des procédures existant depuis longtemps et perçus comme normales et correctes qui peuvent produire des effets discriminatoires, sans que les institutions et les personnes impliquées en soient conscientes. Pourtant, tous les milieux doivent s’adapter à la gestion de la diversité et au pluralisme parce que tous les citoyens sont égaux devant la loi. Le gouvernement québécois, par sa future politique, a fait trois choix stratégiques afin de prendre la tangente du renouvellement des pratiques et des institutions qui sont d’assurer l’accès à l’emploi, d’intégrer le pluralisme dans la prestation des services publics ainsi que d’améliorer le respect et l’exercice des droits.

a. Assurer l’accès à l’emploi

Le nerf de la future politique gouvernementale passe par l’intégration économique et sociale des communautés culturelles. Si elles se sentent acceptées sur ce point elles se sentiront plus à l’aise de participer activement à la construction du Québec. Le gouvernement a déjà mis en place certaine mesure en ce sens comme le plan d’action : L’emploi : passeport pour l’avenir et la stratégie de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale adoptée en 2002 et celui de 2004-2007 Des valeurs partagées, des intérêts communs, où l’État a mis en oeuvre de faciliter l’accès aux professions et aux métiers réglementés et d’assurer une mise à niveau des compétence en fonction du contexte québécois, de subventionner l’embauche des personnes des communautés culturelles par la mise en place du programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME) ainsi que le Service-conseil en relations interculturelles qui consiste à élaborer et à diffuser des outils, des guides pratiques et de formation visant l’embauche et le maintien en emploi d’une main-d’oeuvre diversifiée.

Lutte contre le racisme et la discrimination

Vendredi le 25 Août 2006 : Le Centre Culturel Islamique de Québec (CCIQ) a soumis un mémoire à la Ministre de l’Immigration et des Communautés Culturelles, Madame Lise Thériault, concernant le document de consultation Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination.

Présentation au Parlement de Québec Mémoire du CCIQ sur la discrimination et le racisme

Le CCIQ présente un mémoire sur la discrimination au parlement de Québec

Nous avons présenté cette semaine un mémoire sur la discrimination au parlement de Québec et nous avons rencontré une dizaine de députés et ministres et nous avons fait entendre notre voix sur la discrimination à l’emploi faite aux musulmans, hommes et femmes, et notre peur que cette discrimination touche nos enfants dans les écoles.

Le procès verbal :

Le Président (M. Bernier): Je vais suspendre les travaux quelques instants et demander au Centre culturel islamique de Québec de prendre place.

(Suspension de la séance à 15 h 10)

(Reprise à 15 h 11)

Le Président (M. Moreau): …s’il vous plaît. Alors, nous allons reprendre nos travaux. Et nous accueillons le Centre culturel islamique de Québec. Alors, je vous rappelle que vous disposez de 20 minutes pour votre exposé, qui sera suivi d’une période de 40 minutes d’échange avec les membres de la commission.

ةvidemment, j’indique aux membres de la commission que nous avons accumulé un peu de retard. Et je compte sur votre discipline de part et d’autres pour que nous puissions le reprendre. Alors, je demanderais aux invités de bien vouloir se présenter et de procéder immédiatement avec leur exposé.

M. Loukili (Abderahim): …M. le Président. Je commence, donc. Je m’appelle Abderahim Loukili. Je suis président d’une compagnie en technologies de l’information et, comme bénévole, je suis président du Centre islamique du Québec.

Mme Kessani (Ilhem): Bonjour. Je suis Ilhem Kessani. Je suis la directrice des affaires externes au Centre culturel islamique de Québec.

Mme Boulmerka (Amira): Bonjour… membre de la direction des affaires externes du Centre culturel islamique de Québec.

M. Fathallah (Habib): Bonjour. Habib Fathallah. Je suis chercheur à l’Université Laval présentement puis bénévole directeur de la communication au Centre culturel islamique de Québec.

M. Labidi (Saber): Bonjour, M. le Président. Moi, c’est Saber Labidi. Je suis étudiant en médecine, troisième année. Je suis également impliqué dans la vie étudiante, que ce soit au niveau des relations étudiantes ou la CADEUL à l’Université Laval et également au niveau de l’Université Laval. En gros, c’est ça.

Le Président (M. Bernier): Merci. Alors, allez-y.

Une voix: M. Brodeur, président de la Commission de la culture, député de Shefford, Mme Lise Thériault, ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Mme Elsie Lefebvre, porte-parole de l’opposition officielle et députée de Laurier-Dorion, distingués membres de la commission.

Le nombre de musulmans de la région de la Capitale-Nationale est estimé à à peu près 7 000 personnes. Cette communauté est constituée de près de 12 ethnies d’origines différentes. Les principales caractéristiques de cette communauté sont un haut niveau de scolarisation et d’instruction et la bonne connaissance de la langue française.

En effet, plus de 55 % de cette communauté détiennent un diplôme universitaire ou plus. Le Centre culturel islamique de Québec est le seul organisme communautaire musulman de la région de la Capitale-Nationale. Il existe depuis 1985, et ça fait plusieurs années qu’il agit pour le rapprochement interculturel ainsi que pour l’épanouissement et l’intégration harmonieuse de ses membres à la société d’accueil.

L’action du CCIQ émane de sa vision basée sur le fait que le phénomène d’immigration au Québec implique certainement un changement pour aidant la société québécoise. Et, pour n’importe quel autre type d’organisation qui vit un changement, ce changement doit être géré. Au CCIQ, nous oeuvrons déjà depuis plusieurs années pour que ce changement se fasse de façon harmonieuse et nous croyons que c’est possible.

Et, dans ce sens, nous nous réjouissons et nous tenons à féliciter le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles pour la mise en oeuvre de cet exercice de consultation vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination.

M. le Président, après cette mise en contexte, je vais céder la parole à ma collègue Ilhem qui a chapeauté ce dossier au sein du CCIQ…

Une voix: …vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination. M. le Président, après cette mise en contexte, je vais céder la parole à ma collègue Ilhem qui a chapeauté ce dossier au sein du CCIQ et qui va vous présenter les points soulevés dans notre mémoire et les recommandations que nous faisons.

Mme Kessani (Ilhem): Bonjour, M. le Président. Bonjour, Mme la ministre. Bonjour, membres de la commission. Nous sommes ici présents aujourd’hui pour mettre la lumière sur les aspects et les effets du racisme et de la discrimination tels qu’ils sont vécus par la communauté musulmane vivant à Québec. On va entamer cette présentation par quelques faits vécus par des membres de la communauté musulmane qui témoignent d’actes de discrimination. Ensuite, on va présenter la problématique du racisme tel qu’il est vécu aussi par la communauté musulmane. Enfin, on va cheminer par proposition de quelques pistes d’action pour endiguer ce phénomène qui est le racisme. Donc, comme on le sait tous, le racisme touche les différentes facettes de la société, à savoir les femmes, les jeunes, les employeurs, etc. Donc, on va citer quelques exemples pour témoigner de ce phénomène. Je vais céder la parole à Mme Boulmerka pour nous parler du cas du racisme qui touche la femme musulmane ici à Québec.

Mme Boulmerka (Amira): Merci, Ilhem. Bonjour, mesdames et messieurs. En fait, avant de vous citer ce témoignage-là dont on vous a parlé, je tiens d’abord à vous exprimer que je suis une femme musulmane et je ne me sens pas, je ne me considère pas comme étant une victime de ce que je vais vous citer par la suite. O.K. Je me sens comme partenaire. Une partenaire qui va permettre de changer les choses et d’améliorer et d’arranger tout ce que je vais vous relater.

Je considère que si un employeur a décidé de ne pas retenir, pas faire appel à mes compétences, il ne sait pas ce qu’il perd et si quelqu’un refuse de m’entendre, il passe à côté d’une opportunité et d’une chance d’enrichissement.

Le témoignage. Je fais partie de l’équipe de bénévoles du Centre culturel islamique de Québec. On fait appel à nous pour des présentations, pour répondre à des questions concernant notre religion souvent. Une fois, on m’a référé une personne du diocèse qui demandait à avoir une femme musulmane qui porte le foulard, qui pourrait parler à un public féminin de sa condition de femme dans cette religion-là. Donc, on me l’a référée. On se parle au téléphone moi et cette dame du diocèse. Elle me pose certaines questions mais, avant de me poser les questions, elle introduit en me disant: Nous approchons du 8 mars, nous allons organiser une activité pour des femmes catholiques, nous allons avoir environ 400 jeunes femmes dans le public et nous aimerions que vous veniez leur parler de votre religion, de votre vie. Quelques questions, elle me pose quelques questions au téléphone concernant ma religion, concernant ma vie de famille avec mon mari, concernant la charia, concernant le Coran, concernant beaucoup de choses, elle me pose des questions puis je lui explique puis je lui parle. Le fait que le lui réponde à ses questions et puis qu’elle sente que je ne suis pas une femme opprimée ni soumise et que je suis tout à fait épanouie puis que j’ai la possibilité de vivre ma vie au même titre que n’importe quelle autre femme québécoise, que j’ai un mari qui est très prévenant puis que j’ai le choix de… j’ai la possibilité, la latitude de choisir pour moi-même, ça, je ne voyais pas trop ce qu’elle avait dans la tête concernant l’islam et la femme en islam. Au bout d’une demi-heure de questions, une demi-heure de réponses, madame me répond: Je préférerais que vous oubliiez cette invitation, vous ne faites pas notre affaire, ce n’est pas vous que nous cherchons donc je ferai appel à une autre personne. Voilà. Ce que je lui avais suggéré à la fin de notre entretien, j’ai dit: Vous êtes libre de choisir vos invités mais ce que je pourrais au moins vous suggérer c’est de prendre les deux versions, de proposer à votre auditoire les deux versions de la chose puis à elles de choisir ou de se faire leur propre idée. Non merci, vous ne faites pas l’affaire. Au revoir.

Donc, c’est cela. C’est ce que je voulais vous relater hormis d’autres situations mais celle-ci je trouve qu’elle est assez parlante.

Mme Kessani (Ilhem): Bon, comme vous avez constaté, c’est que, bon, la femme musulmane vraiment elle vit des situations difficiles à cause de sa confession et, bon, ça, ça concerne la femme musulmane. On va voir d’autres témoignages qui touchent d’autres souches de la société. On a avec nous Saber qui est étudiant en médecine. Donc, il va nous parler de son témoignage en tant que jeune musulman.

M. Labidi (Saber): Merci encore. Donc, moi, je vais vous mettre en contexte. Je suis Québécois, je me considère entièrement Québécois quoique je suis né en Tunisie, je suis donc d’origine tunisienne, je suis arrivé ici à l’âge de sept ans, mes parents sont venus faire des études supérieures ici et on a décidé de rester parce qu’on a aimé ça. C’est aussi simple que ça. اa, c’est le contexte. Le contexte plus scolaire, j’ai fait mon primaire ici, j’ai fait mon secondaire, mon cégep et mon université. Quand je dis ici, c’est la région de la Capitale-Nationale que j’aime beaucoup. Voilà. Donc, en fait, entre le cégep et l’université, je m’affairais à lancer mes demandes d’admission en médecine, vous savez que ce n’est pas facile, et donc il est de coutume que tous les étudiants qui convoitent un…

M. Labidi (Saber): …voilà. Donc, en fait, entre le cégep et l’université, je m’affairais à lancer mes demandes d’admission en médecine. Vous savez que ce n’est pas facile, et donc il est de coutume que tous les étudiants qui convoitent un poste en médecine appliquent dans les quatre facultés québécoises, ce que j’ai fait. ہ Montréal, je suis arrivé à Montréal, ils m’avaient convoqué en entrevue parce que j’avais les notes pour pouvoir entrer… faire une entrevue avec les gens, avec cette université-là, et puis en fait c’étaient deux médecins ? de mémoire, c’était un psychiatre et un médecin de famille. Ils ont commencé… En fait, ça a duré 45 minutes. Et ils ont commencé par me poser des questions qui étaient tout à fait pertinentes, et, tout d’un coup, les questions sont devenues de moins en moins pertinentes à mon sens. Et je vais vous expliquer finalement c’est quoi, ces questions-là.

On m’a demandé, entre autres, qu’est-ce que je pensais… Bon, en fait, d’abord, ils ont commencé par me demander de quelle origine j’étais, donc je leur ai dit que j’étais d’origine arabe, et puis apparemment ils ont fait un amalgame, le facile amalgame de l’arabe terroriste, et donc finalement ils m’ont posé… à savoir: Qu’est-ce que tu penses du terrorisme? Qu’est-ce que tu penses du 11 septembre, le fameux 11 septembre? Qu’est-ce que tu penses de la mort du cheikh Yassine, qui était décédé quelques semaines avant? Qu’est-ce que tu penses du rapport nord-sud? Et donc finalement ces questions-là étaient pour le moins agaçantes, troublantes, voire même dérangeantes.

Ceci étant dit, j’ai répondu aux questions avec tout le… je pense que j’ai gardé un sang-froid. J’ai répondu aux questions en disant tout simplement qu’il y avait une rupture du dialogue. Donc, j’ai donné mon opinion sur le contexte, qu’il y avait cette rupture de dialogue entre le nord et le sud, surtout entre le Moyen-Orient, le Proche-Orient, les musulmans, la culture arabomusulmane et l’Occident, ce que je trouvais tout à fait déplorable. Je connais parfaitement les deux cultures et je trouve qu’il y a actuellement une rupture de dialogue, ce que j’ai expliqué. Et le résultat… la résultante de tout cela…

ةgalement, j’ai fait mes entrevues également à Laval. Laval, il faut dire que c’est très différent. C’est beaucoup plus objectif, beaucoup moins subjectif qu’à Montréal où il y a une entrevue, là, où on essaie de questionner l’étudiant. Et puis la résultante fut qu’à Laval j’ai été accepté parmi les premiers et, à Montréal, j’ai été mis sur une liste d’attente, ce qui m’a… bien en fait pas vraiment surpris, je vous avouerais, là, compte tenu des questions que je me suis fait poser.

Donc, en gros, c’est ça, le témoignage que je voulais amener. Simplement dire… Après l’épine, la fleur, comme on dit. Je pense qu’il y a une démarcation importante à faire et je tiens à la faire en tant que membre de la communauté, en tant que jeune membre de la communauté. Je pense qu’il y a une ouverture maintenant de plus en plus chez les jeunes. Je pense que les jeunes sont beaucoup plus ouverts que leurs parents. Je pense que les gens qui sont plus dans… baby-boomers en l’occurrence sont effectivement… ils ont cette fermeture-là, je pense, qu’il y a beaucoup de discrimination qui règne encore. Mais je pense qu’au point de vue des jeunes il y a une ouverture vraiment importante et intéressante, et je pense qu’il faut capitaliser là-dessus, et surtout pas s’asseoir sur ses lauriers, et continuer dans votre voie finalement. Voilà, ce fut mon témoignage.

Mme Kessani (Ilhem): Merci pour le témoignage. Donc, ceci dit, ça prouve que même les jeunes de la communauté musulmane n’échappe pas à ce phénomène.

On va aussi avoir un autre témoignage. Il est relié cette fois-ci aux instances publiques. Donc, on va avoir le témoignage de M. Habib Fathallah en tant qu’employeur.

M. Fathallah (Habib): Bonjour. Bon, mon nom, c’est Habib Fathallah. اa fait une douzaine d’années que je suis à Québec. Je suis venu pour faire une maîtrise à l’Université Laval. J’ai fait une maîtrise et un doctorat. J’ai terminé à la fin 1999. J’ai parti mon entreprise privée à l’époque où le marché financier était très bon pour les télécoms ? c’est mon domaine. J’ai eu quelques années de très, très beaux succès ici, dans la région de Québec, puis j’étais évidemment dans une situation de recruter une personne. C’est une dame musulmane qui a nom et prénom 100 % québécois. Donc, au téléphone, elle a l’accent 100 % québécois. On ne peut pas avoir un doute sur l’origine de cette dame. Cette dame-là, elle est musulmane, elle porte le foulard. Puis ça fait plusieurs années qu’elle était sans emploi, puis, moi, j’ai décidé de l’engager.

Donc, puisqu’elle était sans emploi pour plusieurs années, elle a reçu une admission de la part d’Emploi-Québec pour une subvention de 30 % à peu près de son salaire. Donc, elle était admise, mais tout était fait par téléphone. Sa première journée d’emploi, c’est la pratique d’Emploi-Québec, un représentant d’Emploi-Québec vient à la compagnie pour rencontrer l’employée, rencontrer l’employeur. Donc, le monsieur est venu…

M. Fathallah (Habib): …sa première journée d’emploi, c’est la pratique d’Emploi-Québec, un représentant d’Emploi-Québec qui vient dans la compagnie pour rencontrer l’employé, rencontrer l’employeur. Donc, le monsieur est venu d’Emploi-Québec. Il a rencontré la dame, bon. Après ça, il est venu me voir. Il a dit: Mais elle porte quelque chose sur la tête. Je lui ai dit: Oui, j’ai vu ça. Mais il m’a dit: Tu sais, tu n’es pas obligé de la garder. اa, c’est un fonctionnaire d’Emploi-Québec, son premier job, l’objectif de son recrutement. Pourquoi? C’est pour placer des gens sans emploi.

Il m’encourage en tant qu’employeur. Il n’a pas eu le recul de 30 secondes de voir mon visage encore un peu mieux pour voir que je suis musulman. Donc, c’est une personne. Et, moi, ce que je veux souligner ici, ce sont les fonctionnaires. Et je tiens le gouvernement en tant que responsable, premier responsable de cette affaire. Ce sont les fonctionnaires, ce sont les preneurs de décisions qui manquent de formation, qui manquent d’ouverture.

Il y a du travail énorme à faire auprès de ces gens-là. C’est eux qui décident. Ce n’est pas les lois qui décident et ce n’est pas le Parlement qui décide d’engager quelqu’un. C’est eux qui décident. Donc, je crois, c’est de la formation. C’est leur éduquer un certain esprit d’ouverture, un certain esprit de se dissocier de l’héritage et regarder les personnes en tant que compétences à évaluer pour un poste donné. Fin de témoignage. Merci.

Mme Kessani (Ilhem): Bon, je vous remercie pour ce témoignage. اa, ça va nous mener à traiter la problématique donc telle qu’elle est vécue par la communauté musulmane.

Donc, on le sait, les musulmans vivent des incidents désagréables à cause du racisme et de la discrimination engendrés principalement par des préjugés qui ne cessent de croître dans la société à cause des événements qui se déroulent actuellement dans le monde.

Donc, ces préjugés, généralement, ils s’alimentent par l’ignorance des fois et, d’autres fois, par la non-acceptation de l’autre, de sa culture ou bien de sa confession. Des fois, par exemple, on pense que la femme musulmane est soumise ou, bon, le foulard lui est imposé, des fois, qu’elle n’est pas qualifiée, qu’elle n’a pas un bon niveau d’éducation alors que c’est faux.

Bon, généralement aussi on n’accepte pas que les autres pensent d’une façon différente que nous, comme vient de le mentionner dans son témoignage Amira. Ces préjugés sont majoritairement véhiculés par les médias. Donc, ces médias stigmatisent le plus souvent l’Islam et les musulmans et les associent aux différents problèmes qui se déroulent dans le monde.

Ces préjugés créent des failles immenses, il faut le noter. Ils créent des failles immenses entre les musulmans et leur société d’accueil, et ces failles deviennent de plus en plus grandes que ces préjugés s’intensifient. Et donc, ce qui crée un climat de peur et de haine entre… de part et d’autre de la société. Donc, ces comportements haineux n’épargnent pas aussi les jeunes de la communauté musulmane qui fréquentent les milieux scolaires donc qui seront la relève de demain. Mais il faut noter qu’il faut veiller à ce que le racisme ne soit pas un phénomène contagieux qui se transmet d’une génération à une autre.

اa, en ce qui concerne la problématique. On a proposé quelques pistes d’action afin… ça veut dire de contourner ce problème d’après notre vision. Donc, on a résumé ces pistes d’action sous forme de trois grands axes. C’est: former, informer et réformer. Donc, premièrement, il s’agit de former les acteurs et les preneurs de décisions dans les différentes instances gouvernementales à dépasser les apparences et à miser plus sur les compétences des nouveaux arrivants. Donc, dans ce cas-ci, la sélection devrait se faire non pas sur les apparences des gens, leur habit ou bien leur nom, mais plus sur leurs compétences et leurs capacités. Il faut aussi former les éducateurs et acteurs en milieu scolaire à mieux gérer la diversité dans leur milieu, et cela, à partir d’un âge précoce. Donc, il faut prohiber les injures et les mauvais propos entre enfants en milieu scolaire.

Deuxièmement, je pense qu’il faut aussi informer et sensibiliser les gens de la société québécoise via des activités interculturelles variées pour mieux connaître les différentes cultures, et donc, mieux les comprendre et les accepter. Bon. En l’occurrence, ce qui va se dérouler dans les jours qui viennent, la semaine interculturelle ici, à Québec, donc je pense que c’est une très bonne initiative, ça rapproche les gens de différentes souches, c’est-à-dire différentes cultures. Donc, des activités aussi variées que celles-là pourront aider beaucoup pour faire connaître les différentes cultures de la société québécoise. On a proposé aussi d’informer, sensibiliser les gens de la société québécoise des répercussions de la discrimination sur toutes les souches de la société, ça veut dire…

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Mme Kessani (Ilhem): …pourront aider beaucoup pour faire connaître les différentes cultures dans la société québécoise.

On a proposé aussi d’informer, sensibiliser les gens de la société québécoise des répercussions de la discrimination sur toutes les souches de la société, ça veut dire non seulement de la part des minorités visibles, mais aussi de l’autre part de la société qui va rater bien sûr des occasions en n’embauchant pas, par exemple, les personnes qui sont capables, qui sont aptes, qui sont qualifiées. Donc, on a proposé d’utiliser des capsules, par exemple, de sensibilisation, donc ça veut dire sur la télé, dans les radios, etc., pour sensibiliser les gens.

Finalement, parmi les pistes d’action, il y a… on a proposé de mettre en place une agence gouvernementale, genre un observatoire, pour faire le suivi et le contrôle, dont le rôle serait de sensibiliser les gens à accepter les autres, à dépasser les différences, et de faire des enquêtes sur les actes racistes qui surviennent dans les instances publiques, et finalement de coordonner les efforts, de surveiller et de promouvoir, ça veut dire, la diversité de la société. Merci.

Le Président (M. Moreau): Merci beaucoup. Vous avez respecté religieusement le temps qui vous était imparti. Nous allons commencer le bloc d’échange, et je suis prêt à reconnaître immédiatement Mme la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles.

Mme Thériault: Merci, M. le Président. Bonjour à vous. Messieurs Loukili, Fathallah, Labidi, Mme Kessani et Mme Boulmerka, merci d’être avec nous, merci d’avoir partagé vos expériences. Je suis convaincue que, pour les gens qui nous écoutent, qu’il y en a qui ont été surpris que ça puisse arriver. J’espère que les médias ont écouté aussi, parce qu’on se fait demander: Oui, mais est-ce que vous croyez sincèrement que les Québécois soient racistes? Et il y a des gens qui doutent qu’on ait des problèmes dans notre société à propos de racisme et de discrimination.

Je trouve malheureux, et ça doit certainement vous laisser un goût très amer aux trois, parce qu’effectivement je pense que c’est dommage qu’on veuille biaiser, madame, lorsque vous nous avez si clairement exprimé que vous ne pouviez pas aller faire le témoignage parce que vous ne correspondiez pas à ce qu’on voulait entendre. Je trouve bien que vous nous relatiez cet événement-là, aujourd’hui, parce que ça permet réellement de voir que, oui, des fois on véhicule, ou notre société véhicule des stéréotypes et… Mais je ne peux pas m’empêcher de trouver ça troublant quand même de savoir qu’un groupe de femmes a fait ça, alors que normalement on doit montrer les deux côtés de médaille, à tout le moins, comme vous l’avez suggéré.

Vous, le jeune médecin étudiant, je vous avoue que ça me fait toujours un pincement au coeur quand j’entends des histoires comme ça de jeunes. Vous êtes arrivé ici, vous aviez sept ans. Donc, il est évident que, oui, vous vous sentez Québécois aussi, hein? Avec vos amis, vous n’avez jamais fait la différence à savoir qui était Québécois et qui ne l’était pas, vous avez grandi ici. On le voit très bien aussi dans votre façon de parler, aussi. Vous n’avez pas d’accent, sinon peut-être un petit accent de Québec, pour une fille de Montréal comme moi, et je trouve bien malheureux…

Une voix: …

Mme Thériault: Bien non, ce n’est pas vous qui avez l’accent, c’est moi qui a l’accent, diront les gens de Québec. Mais je trouve bien malheureux l’aventure que vous avez vécue, parce qu’effectivement je considère que les médecins n’auraient certainement pas dû poser des questions qui n’avaient absolument aucun rapport avec le cursus scolaire, ou votre formation, ou vos aspirations à devenir médecin. De là, je me demande s’il y a des recours qui existent pour ça, mais, effectivement, c’est la parole d’eux contre la vôtre. Donc, c’est assez difficile à prouver.

Vous, monsieur, je dois vous dire que je reste surprise, et je me sens fortement interpellée. De là l’importance de travailler en collaboration avec les différents ministères, qu’une politique ne soit pas une politique du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, mais réellement une politique gouvernementale, pour s’assurer que chacun des ministères devra apporter sa contribution, pas pourra, devra apporter sa contribution. Je trouve déplorable que ce soit un fonctionnaire, qui, sa mission première, est chargé de réintégrer les gens en emploi et de les mettre sur le marché du travail, qui ait essayé de vous décourager de ne pas employer cette dame-là sous prétexte qu’elle portait le hijab.

Ce qui me fait penser qu’évidemment, puisque l’actuelle ministre responsable de l’Emploi et de la Solidarité sociale a été ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles avant moi, je peux vous dire qu’elle a un côté très, très sensible à tout ce qui s’appelle l’intégration des gens qui ont été choisis par le Québec…

Mme Thériault: …de l’Emploi et de la Solidarité sociale a été ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles avant moi, je peux vous dire qu’elle a un côté très, très sensible à tout ce qui s’appelle l’intégration des gens qui ont été choisis par le Québec et qui ont choisi le Québec en milieu de travail, parce que vous avez décidé sciemment de laisser ce que vous aviez dans votre pays pour venir vivre une vie nouvelle ici en croyant, à tout le moins, que vous pourriez certainement mener une vie meilleure ici, et que vos enfants la mèneraient, aussi. Donc, je suis convaincue que ma collègue saura certainement beaucoup d’écho dans vos propos, et vos propos seront portés à son attention, également.

Maintenant, c’est sûr que, dans le temps, je ne sais pas si c’est récemment, si ça fait quatre ans, si ça fait six ans, je n’ai aucune idée, mais soyez certains que ce que vous nous avez partagé, cet après-midi, comme témoignage, ne fait que renforcer la nécessité que le Québec se dote d’une politique.

Donc, évidemment, j’aurais certainement quelques petites questions pour vous, et je vais laisser du temps à mon collègue qui est de la Capitale-Nationale donc qui devra certainement entendre des choses de vous, et qui n’a pas d’accent, lui, puisqu’il est de Québec.

Vous avez déposé plusieurs recommandations à l’intérieur de votre document. Merci beaucoup. Il est évident que tout ce que vous recommandez sera bien analysé, comme toutes les recommandations qui sont déposées, évidemment. Donc, ce qui m’amène à parler des campagnes de sensibilisation puis une éducation plus large au public. Que ce soient les femmes, les groupes de femmes que vous approchez, que ce soit le fonctionnaire qui a travaillé avec vous, que ce soit le médecin, est-ce que vous pensez que, s’il y avait une campagne de sensibilisation qui serait menée auprès du grand public, ça pourrait aider, dans un premier temps? Et après ça, on reviendra avec de la sensibilisation auprès des fonctionnaires de l’ةtat qui sont placés dans des situations comme responsables de l’emploi ou les gens qui sont à Emploi-Québec.

Je ne sais pas qui…

Le Président (M. Moreau): Qui répond aux questions.

Mme Thériault: …qui veut répondre.

Mme Loukili (Abderahim): Je prendrais la parole.

Oui, effectivement, certainement, là, un programme de sensibilisation contribuera de façon évidente, là, disons, à régler un certain nombre de problèmes, parce qu’il y a comme une méconnaissance, là, disons, là, de tout ce qui concerne l’islam et les musulmans. Tout ce que les gens connaissent, là, c’est ce qui est en général véhiculé à travers les médias, puis je peux vous assurer, puis vous serez d’accord avec moi, que les médias ne véhiculent pas grand-chose, là, à ce sujet-là. En général, c’est-à-dire ils parlent de… ils utilisent, là, une terminologie, là, qui n’a jamais été ni définie, que personne ne connaît, là. Donc, tout le monde, là, va recourir, là, de façon, là, comme abusive au terme «charia», alors qu’il ne connaît pas ce que c’est, au terme «djihad», alors qu’il ne sait pas ce que c’est. Puis, pour un reportage, là, de trois minutes, là, il va passer deux minutes avec des photos de Ben Laden, plus une minute, là, sur le sujet proprement dit.

Alors, déjà là, donc, ceci n’aide pas, disons, à sensibiliser, je dirais, la population au message, là, c’est-à-dire, là, ou bien du vécu, là, de l’islam et des musulmans. Nous pensons, là, que les musulmans, disons, là, qui sont citoyens québécois et canadiens ne sont pas nécessairement ou bien ne doivent pas répondre, là, des gestes, là, de tout ce qui se passe ailleurs dans le monde, là, à n’importe quel moment. C’est-à-dire nous, on est un organisme communautaire qui travaille ici, dans la réalité, dans le contexte et dans le terrain québécois, puis je ne vois pas, disons, pourquoi est-ce qu’on est interpellés à chaque fois pour répondre à des questions, là, de telle chose, là, qui est arrivée en Afghanistan, au Liban, là, en Europe. Je pense, là, que, si on veut avancer, il faut que, comme société, là, qu’on soient sensibilisés, là, qu’en priorité, là, qu’on regarde, là, les choses, là, qui nous concernent ici puis qui nous permettent, là, disons, là, de cohabiter harmonieusement, puis de se compléter, puis d’aller de l’avant.

Le Président (M. Moreau): Merci, M. Loukili. اa complète le premier bloc. Je vais maintenant reconnaître la députée de Laurier-Dorion, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’immigration et de communautés culturelles.

Mme Lefebvre: Merci, M. le Président. Bonjour à vous tous. Bienvenue ici, à l’Assemblée nationale.

Votre mémoire est très complet, puis merci aussi de nous avoir exprimé dans le fond, en exemple concret, des réalités que vous pouvez vivre, parce que souvent c’est illustrer les situations qui nous permet de vraiment saisir l’ampleur de ce qui peut être vécu et ressenti quand on vit ces situations-là. Puis c’est souvent aussi…

Mme Lefebvre: …souvent c’est illustrer les situations qui nous permettent de vraiment saisir l’ampleur de ce qui peut être vécu et ressenti quand on vit ces situations-là. Puis c’est souvent aussi… Tu sais, on a eu la discussion, ici, sur le fait, bon, que nous soyons en train de discuter d’une politique sur le racisme et la discrimination, c’est d’admettre qu’il y en a. Et pendant longtemps, je pense, il y a beaucoup de gens qui disent: Ah! bien, non, ce n’est pas ici, ça va bien puis tout ça. Je pense que, le Québec, d’une façon générale, ça va assez bien, mais on peut toujours être meilleurs, puis je ne pense pas qu’au Québec on soit un petit village gaulois qui est à l’abri de tout. Puis vous avez démontré, par vos exemples, qu’il existe, ici, des situations d’injustice, de racisme où des préjugés sont encore très présents. Donc, merci pour votre présentation.

J’aimerais avoir votre perception de la situation à Québec. Moi, je représente un comté à Montréal, notamment le quartier Parc-Extension qui est un quartier très, très multiethnique où l’usage… où la connaissance du français n’est pas toujours… en fait où pas tous les citoyens maîtrisent le français et ou l’anglais, et donc ça apporte une dynamique qui est particulière. J’imagine que les membres que vous représentez, puisque vous vivez à Québec qui est un milieu beaucoup plus francophone, parle le français donc. Et on a parlé avec d’autres groupes et organismes de la barrière de la langue qui peut être difficile à certains égards dans une intégration. Mais, ici, quelle est, à votre avis, votre perception de ce qui se passe, ici dans la région de Québec, puis quelles sont les principales barrières? Vous avez parlé, bon, de barrières à l’emploi, mais, si on regarde la dynamique régionale, qu’est-ce qu’on pourrait améliorer? Vous avez parlé, bon, de sensibilisation, de capsules télé, radio. Il va y avoir la Semaine des relations interculturelles ? là, je n’ai peut-être pas le bon nom. Mais je trouve que c’est des initiatives importantes mais en même temps souvent les communautés se regroupent entre elles pour célébrer la diversité, mais aussi c’est important d’être capable de célébrer la diversité tout le monde ensemble finalement pour prendre connaissance. Donc, j’aimerais vous entendre sur la situation ici.

Le Président (M. Moreau): Allez-y.

Mme Lefebvre: Puis les plus grands défis dans le fond pour la région.

M. Fatallah (Habib): Merci beaucoup. Ici, à Québec, moi, je pense que c’est sûr que la population est beaucoup plus homogène comme Québécois de souche. Donc, moi, je parle… Par exemple, moi, mon épouse, elle porte le foulard, puis lorsqu’on s’en va au centre d’achats… lorsque j’y vais tout seul, je plus tranquille parce que les gens ne me regardent pas fréquemment. Alors, avec mon épouse, bien, les regards sont très différents, puis je constate complètement la différence. Avec mon épouse qui porte le foulard, c’est encore quelque chose de pas commun à Québec, et encore moins commun trouver une femme qui porte le foulard et qui travaille. Moi, je ne suis jamais allé à une caisse Desjardins, par exemple, où je trouve une femme qui porte le foulard, pourtant elle fait partie des… Les caisses Desjardins font partie des employeurs les plus importants dans la région après le gouvernement. Je ne connais pas non plus des femmes qui portent le foulard qui travaillent au gouvernement. Je ne connais pas toutes les femmes non plus.

Moi, je crois qu’il y a une question d’image… une question d’image qui est l’image que la population a de cette tranche de la société qui s’appelle des musulmans, des immigrants musulmans. Il y a une image extrêmement négative qui est dans l’esprit des gens que ce soit qu’ils soient fonctionnaires, qu’ils soient enseignants, moi, je reçois… Dû à mon implication au niveau du Centre culturel islamique de Québec, je reçois plein de commentaires. Un enseignant de morale qui dit, par exemple, aux étudiants, aux élèves à l’âge de 10 ans, qui leur dit que la femme musulmane dans un pays musulman, si elle ne porte pas le foulard, elle est tuée, sera tuée. Je ne sais pas si vous vous êtes rendus en Tunisie ou au Maroc, en Algérie, en ةgypte, en en tout cas plein de pays, là? Moi, je pense que c’est de loin démontrer une réalité, et ça, c’est un enseignant de morale.

Je prends l’exemple, par exemple… Et, moi, je pointe les médias comme les premiers responsables de cette projection d’image. Moi, je crois qu’on voit très souvent une information filtrée de la réalité des musulmans. Les médias, par exemple, juste cette semaine et la semaine passée, le 23 septembre, il y avait une école musulmane…

M. Fathallah (Habib): …on voit très souvent une information filtrée de la réalité des musulmans. Les médias, par exemple, juste cette semaine et la semaine passée, le 23 septembre, il y avait une école musulmane, on note à Ottawa, qui a été brûlée. Personne n’en parle. Radio-Canada, dans une petite ligne, elle a passé une fois ou deux, je n’ai pas réussi à la voir. Personne n’en parle. Alors, dans d’autres communautés, ce n’est pas le même traitement. Six jours avant, il y a une mosquée qui a été vandalisée le 13 septembre exactement à Winnipeg. Si je n’ai pas cherché intensivement dans Internet, ce n’est pas l’information qui circule. Alors, peu importe ce qui se passe pour d’autres communautés ou pour… alors, ça passe, ça fait la manchette. Pourquoi ce silence vis-à-vis les musulmans? Lorsque le musulman est victime, on n’en parle jamais.

Et là, je reviens au niveau des écoles. Moi, j’ai une fille qui a six ans, qui est entrée à l’école cette année, sa première année. J’ai un gars qui a trois ans, qui est à la garderie. Et on n’est pas une personne consciente de l’état de discrimination qui existe. J’ai peur pour mes enfants. J’ai peur pour ma fille et pour mon gars que présentement, peut-être ils ne constatent pas la différence de traitement de leur professeur, peut-être ils sont sujets de discrimination, mais ils ne sont pas conscients parce qu’ils sont encore jeunes. Mais à l’âge de 12 ans ou l’âge de 15 ans, peut-être mon enfant, il va me regarder, puis là aux yeux, il me dit: Pourquoi tu as choisi de me faire vivre ici pour que je réalise aujourd’hui que je suis différent par rapport aux autres? Et c’est là où je reviens à la nécessité que le gouvernement prend des mécanisme et prend des décisions pour éduquer même les enseignants et éduquer les intervenants sociaux sur la nouvelle réalité et la diversité. C’est très important. Ce n’est pas juste les fonctionnaires, c’est aussi les enseignants. C’est très, très important de faire ce job pour l’avenir. Malgré tout, je tiens à préciser que j’aime bien la vie à Québec, mais on est là quand même pour mentionner les problèmes.

Le Président (M. Moreau): Alors, ça complète le deuxième bloc. Nous allons maintenant passer au côté ministériel, et je reconnaîtrais pour une question le député de Montmorency.

M. Bernier: Merci, M. le Président. Donc, premièrement, bienvenue, et je suis fort heureux de vous retrouver ici, messieurs. Le député de Montmorency, donc vous devinez que j’ai comté qui représente, ici, dans la capitale nationale et j’en suis fort heureux. Et vous remarquez que je n’ai pas d’accent. Merci.

ةcoutez, vous avez livré plusieurs sujets. Sur un, moi, que je veux intervenir, c’est au niveau des ministères et organismes du gouvernement du Québec. J’ai été 28 ans dans la fonction publique du Québec, travaillé dans différents ministères et organismes avant d’être élu député de Montmorency, j’ai donc eu à travailler beaucoup auprès des gens de la fonction publique. J’ai également travaillé, au niveau du bureau de comté, à recevoir des gens qui vivent des problématiques par rapport à des organismes du gouvernement ou par rapport à des éléments de la société. Et, en ce qui nous concerne, ce que j’ai constaté dans ces 28 années, effectivement il y a une progression par rapport à la sensibilisation et par rapport aux règlements, au niveau de la fonction publique du Québec, dans la façon d’opérer. Il y a également des programmes de formation qui sont donnés au personnel qui sont en intervention directement avec le public. Vous avez mentionné un cas tout à l’heure, et malheureusement on ne contrôle pas toutes les personnes, et c’est pour ça d’ailleurs que le gouvernement veut faire une politique. On doit poursuivre, on doit répéter, on doit recommencer. C’est le même principe qu’en politique, il faut répéter toujours les choses si on veut que les gens les comprennent quand on a un message à livrer.

Donc, en ce qui regarde la fonction publique, ce que j’ai constaté cependant, au cours des années, quand on parle de concours de recrutement, ces choses-là sont devenues, si on veut, non… Les personnes, là… Quand un concours a lieu, les personnes ne sont même pas identifiées, ce sont des numéros. Donc, à ce moment-là, il n’y a de discrimination possible lorsque les gens passent les concours, passent les examens, de façon à respecter ces choses-là. Bien, par la suite, le processus d’intégration à l’intérieur des ministères et des organismes ? et bien sûr ce sont des hommes et des femmes qui, avec toute la bonne volonté et toute la sensibilité qui doivent être données, on doit certainement mettre en place, et sur ça, la ministre actuelle est très sensible à ça; à l’intérieur des ministères et des organismes ? et selon la grosseur des organismes aussi, mettre en place à l’intérieur des directions des ressources humaines des mesures pour aider, pour supporter ces gens-là. Mais je dois vous dire qu’il y a plusieurs de… plusieurs…

M. Bernier: …le ministère et les organismes et, selon la grosseur des organismes aussi, mettre en place à l’intérieur des directions des ressources humaines, des mesures pour aider, pour supporter ces gens-là. Mais je dois vous dire qu’il y a plusieurs personnes au sein de la fonction publique de religion musulmane qui ont atteint des niveaux de gestionnaires très élevés, très élevés, que ce soit à Revenu Québec, que ce soit à la CSST, ce sont des organismes qui respectent la diversité mais les cas isolés malheureusement on ne peut pas tous les empêcher. Donc, c’est pour ça qu’il faut poursuivre dans ce sens-là. O.K. Il y a également, selon moi, un travail aussi au niveau de la collectivité qui doive être fait. Vous avez parlé beaucoup d’une intervention du gouvernement du Québec. Mais il y a également dans notre société les syndicats, les groupes communautaires ou toute autre organisation. Oui, le gouvernement a son rôle à jouer et c’est notre rôle en tant qu’élus, et en tant que députés de s’assurer. Moi, quand je fais une activité dans Montmorency, surtout à l’approche de la semaine des communautés culturelles, je sensibilise les gens parce que c’est une société où on a besoin de personnes qui, par choix, décident de devenir Québécois et il faut encourager les gens, il faut les informer mais, même si on y va par des programmes de télévision ou des programmes radio ou de la publicité dans les journaux, rien ne vau le contact humain.

Moi, j’aimerais vous entendre en ce qui regarde le travail de démarchage ou le travail de sensibilisation qu’un organisme comme le vôtre… et je suis extrêmement heureux que vous soyez présents dans la collectivité ici dans la capitale. De quelle façon un travail de démarchage, de coordination pourrait se faire auprès de groupes, que ce soient des clubs de l’âge d’or, que ce soient des regroupements communautaires, ces choses-là pour présenter réellement vos aspirations et nos aspirations à tous et de s’intégrer réellement dans cette collectivité québécoise.

Le Président (M. Moreau): Alors, 2 min 15 s.

M. Loukili (Abderahim): Le CCIQ, il a un certain nombre, là, d’activités ou bien de… c’est-à-dire il a des programmes de sensibilisation qu’il mène tout au long de chaque année. Alors, juste pour vous donner un exemple, le nombre de groupes d’étudiants, par exemple, qu’on reçoit ou bien d’élèves qui viennent de cégeps ou d’écoles qu’on reçoit ou bien chez qui on se déplace dépasse 20 à 25 groupes par année. Alors, par exemple, récemment on a reçu des groupes de technique qui sont formés en techniques policières, d’autres en soins infirmiers puis je pense, c’est-à-dire on n’attend pas après le gouvernement, disons, pour faire des pas qu’on peut faire. Ce qu’on attend du gouvernement c’est qu’il joue, là, comme un rôle de coordonnateur entre les différents intervenants puis pour nous ouvrir la porte, là, où s’est un peu difficile, là, disons, d’y accéder.

Le Président (M. Moreau): Merci, M. Loukili. Il vous reste à peu près une minute. Est-ce que vous voulez faire un dernier commentaire?

Mme Thériault: Oui, moi, je ferais un dernier commentaire sur le fait de… vous posez la question s’il y avait des femmes qui portaient le hijab. Je peux vous confirmer qu’il y en a qui le portent dans la fonction publique. Elles ne sont peut-être pas sur les services de première ligne mais, moi, j’ai vu, j’ai croisé, je connais, j’ai dans mon ministère également des femmes qui portent le hijab et je suis d’accord avec vous également sur l’importance du rôle

des professeurs parce qu’effectivement les professeurs ont un rôle d’éducation et on doit mieux les préparer. Il y a des gens qui sont même venus nous dire ici que, pour la formation des futurs maîtres, on devrait instaurer des notions de gestion de diversité culturelle pour que justement les futurs professeurs soient mieux formés à ce qu’est le Québec d’aujourd’hui et ce qu’il sera demain évidemment.

Mme Boulmerka (Amira): S’il vous plaît.

Le Président (M. Moreau): Oui. Mme Boulmerka (Amira): Merci. En fait, je tenais absolument à dire, en réponse à ce que vous aviez dit au départ de votre intervention, vous avez dit que vous pensez que nous avons un goût amer. Ce n’est pas le cas. Nous n’avons pas de goût amer. Nous apprécions énormément notre vécu ici avec la société québécoise. Deuxième point que j’aimerais vraiment apporter c’est que ce qui serait important, comme vous venez de le citer, c’est qu’on travaille de concert. J’ai eu l’occasion de travailler avec certains organismes communautaires qui parlent d’immigrants, qui ont une clientèle immigrante où, dans l’instance décisionnelle ou dans les administrateurs, il n’y avait aucun immigrant. Ils décidaient, ils mettaient en place des programmes, mettaient en place des activités, faisaient des choses pour des immigrants alors qu’il ne savent pas quel est le besoin réel.

Le Président (M. Moreau): Merci. اa complète le bloc d’échange avec le côté ministériel. Je reconnais maintenant, pour la suite des choses, la députée de Laurier-Dorion.

Mme Lefebvre: Oui. Je vais y aller très rapidement parce que mes collègues ont des questions pour vous. On parle de la formation…

Une voix: …qui ne savent pas quel est le besoin réel.

Le Président (M. Moreau): Merci, ça complète le bloc d’échange avec le côté ministériel. Je reconnais maintenant, pour la suite des choses, la députée de Laurier-Dorion.

Mme Lefebvre: Oui, je vais y aller très rapidement, parce que mes collègues ont des questions pour vous. On parle de la formation puis de la sensibilisation, mais c’est juste un petit commentaire, je pense que c’est important, très, très important les exemples que vous avez donnés sur des personnes qui travaillent dans la fonction publique, je pense que c’est terrible, puis, tout le monde, on est tous d’accord pour dénoncer ces cas-là. J’ose espérer que c’est une minorité de personnes qui portent encore des jugements comme ceux-là.

Puis, par contre, je trouve que c’est important aussi des deux côtés, c’est sûr que, bon, la société d’accueil, entre guillemets, doit, je pense, a sa plus grande part de responsabilité dans ça, mais en même temps c’est aussi important, de part et d’autre, de bien connaître l’histoire, bon, de la culture, bon, musulmane puis de l’Islam pour la société d’accueil, mais vice versa aussi, ce qui s’est fait au Québec.

Puis par rapport à la religion, il y a aussi tout l’aspect de la laïcité qui est un principe très important pour, bon, les Québécois. Et c’est sûr que, ça, j’ai l’impression, des fois, c’est difficile un peu de cerner à savoir est-ce que c’est vraiment ce principe ou cette valeur importante qui est la laïcité qui peut choquer quand on voit le port du voile qui est un symbole apparent, finalement, parce que, je veux dire, ou encore le couteau sikh, quand il n’était pas…

Une voix: Le kirpan.

Mme Lefebvre: Le kirpan, oui, quand il n’était pas visible, dans le fond, c’est quand les gens ont su que plusieurs personnes le portaient que ça a suscité un émoi, mais avant ça, on en parlait peu ou pas. Et donc, ça, c’est un aspect important, puis je pense que ça mérite aussi qu’on réfléchisse. Puis quand on parle du dialogue, aussi, l’importance.

Moi, je suis allée au Maroc l’été dernier, puis je n’étais pas voilée, puis je me suis fait regarder beaucoup et beaucoup, mais j’étais consciente du fait que la majorité des gens, finalement, étaient voilés, puis que dans le fond c’était un choc pour eux de me voir non voilée. Et donc, tu sais, il y a ça aussi. Mais sans exclure tout l’autre aspect qui est vraiment du racisme, de la discrimination, des préjugés non fondés et tout ça, tu sais, c’est, en tout cas, c’est une situation très délicate qui nécessite beaucoup de dialogue.

Et j’espère, en terminant, que vous serez partie prenante des fêtes du 400e anniversaire qui se dérouleront ici dans la Capitale-Nationale, puis que vous aurez votre voix à cet égard. Donc, je laisse la parole à mes collègues.

Le Président (M. Moreau): Alors, comme vous nous laissez le choix, Mme la députée de Laurier-Dorion, je vais discriminer en faveur de la députée de Terrebonne.

Mme Caron: Bien, est-ce qu’ils avaient quelque chose à répondre?

Le Président (M. Moreau): Peut-être que les gens veulent intervenir?

Mme Caron: Voulez-vous répondre à notre collègue?

Le Président (M. Moreau): Voulez intervenir sur la question ou le commentaire de la députée de Laurier-Dorion?

Mme Boulmerka (Amira): Un mot, s’il vous plaît.

Le Président (M. Moreau): Oui, allez-y.

Mme Boulmerka (Amira): Au moment du choix pour venir Québec ? je reviens sur la laïcité puis les aspects religieux, n’est-ce pas, au moment du choix ? moi et mon mari, quand on a choisi où est-ce qu’on voulait se rendre, quand on a décidé, on a choisi Québec, c’est parce qu’on nous avait dit et on nous avait annoncé qu’il y avait la liberté du culte et de la religion, qu’on pouvait, dans le respect d’autrui, espérer un respect, et c’était la raison. Donc, si nous respectons et que nous n’agressons pas, proprement dit, on ne voit pas la problématique du fait que j’ai un… je montre ma religion, que j’ai un indice, enfin, que ce soit visible et que ça puisse déranger. Je ne vois pourquoi ça pourrait déranger le fait que je montre que je sois musulmane à partir du moment que ça ne concerne que ma propre personne. Je ne pense pas que ça atteigne la valeur ou le principe de laïcité, ça me concerne individuellement et personnellement. Donc, je pense qu’on a à apprendre ensemble à vivre ensemble et à s’apprécier. C’est ce que j’aimerais, qu’on apprenne à s’apprécier et ne pas rester méfiants l’un vis-à-vis de l’autre, mais trouver que l’autre a de belles valeurs aussi. Merci

Le Président (M. Moreau): Merci, Mme Boulmerka. Vous souhaitez intervenir aussi?

M. Labidi (Saber): Vous parlez de la notion de laïcité, c’est une notion qui est extrêmement discutée actuellement, surtout en France, en l’occurrence. La laïcité, je pense que l’espace doit être laïque, je pense, l’espace social dans lequel on vit doit être laïque, mais les gens, eux, ne le sont pas forcément. En fait, même l’athéisme est une religion. Donc, les gens, je pense, ne sont pas laïques. L’espace, lui, doit être laïque. Et je pense que dans cet espace laïque il doit régner un certain respect entre les gens. Puis je pense que ce que vous amenez, c’est extrêmement pertinent, parce qu’il y a un vocable qui dit: L’inconnu fait toujours peur. Et donc, c’est pour ça qu’il y a des yeux qui se jettent sur cet inconnu-là pour essayer de scruter pour essayer de voir qui il est. Donc, c’est pour ça, finalement, qu’il y a des recommandations pour dire: ةcoutez, il faut informer les gens. Je pense qu’on gagne à montrer aux gens les cultures, à mettre en lumière ces cultures-là, et je pense que finalement tout le phénomène de discrimination et de racisme va…

M. Labidi (Saber): …donc, c’est pour ça finalement qu’il y a des recommandations pour dire: ةcoutez, il faut informer les gens. Je pense qu’on gagne à montrer aux gens les cultures, à mettre en lumière ces cultures-là. Et je pense que finalement tout le phénomène de discrimination et de racisme va disparaître finalement avec… en informant les gens et en démystifiant les cultures.

Le Président (M. Moreau): Et donc, vous dites qu’on ne doit pas interpréter un regard comme étant un geste raciste nécessairement, mais peut-être un geste de curiosité ou de recherche, de questionnement. C’est ça. Mme la députée de Terrebonne.

Mme Caron: Alors, merci beaucoup d’être venus nous présenter votre mémoire. Pour continuer un peu sur le sujet que ma collègue avait abordé, je pense que le fait de… les symboles religieux touchent beaucoup plus présentement les Québécois et les Québécoises parce qu’ils ont eu la volonté, au niveau des écoles, qu’il n’y en ait plus, en fait.

Et on leur a dit pendant des années à quel point c’était important s’ils voulaient accueillir l’ensemble du monde, l’ensemble des communautés qui venaient au Québec, que c’était important que nos écoles ne soient plus religieuses puis qu’il n’y ait plus de symboles religieux.

اa arrive au même moment et donc, pour eux, c’est un peu… Souvent, les remarques qu’on se fait dire, c’est comme si, bien, nous, on nous a demandé de sortir la religion des écoles, et d’autres religions y entrent. Parce que ça arrive au même moment. Et je pense que ça, on l’entend beaucoup à cause de ça.

Moi, je crois beaucoup, au niveau de l’intégration, à l’importance des organismes communautaires. Plusieurs sont venus nous dire que les organismes communautaires, dont vous êtes, c’est comme le premier port d’attache, la première porte d’entrée pour créer des liens dans la communauté.

Dans vos propositions, il y a des éléments superimportants. Je pense, par exemple, favoriser l’accès aux loyers, des services, être capable de faire un pont avec les nouveaux arrivants. Et je pense que les organismes communautaires sont bien équipés pour le faire.

Mais est-ce que, dans vos organismes, vous faites aussi ce que disait ma collègue? Est-ce, dans vos organismes, vous en profitez pour expliquer à ceux qui participent à vos activités un peu l’histoire de la société québécoise? Est-ce que ça se fait aussi? Parce que plusieurs sont venus nous dire l’importance qu’il y ait réciprocité.

Oui, il faut qu’on ait des campagnes de sensibilisation pour qu’on connaisse mieux les différentes communautés, mais est-ce que, de votre côté, il y a des activités pour qu’ils connaissent mieux la communauté d’accueil?

Le Président (M. Moreau): Ce sera la dernière réponse pour conclure nos échanges cet après-midi.

M. Loukili (Abderahim): Nous faisons ce que nous pouvons dans les circonstances. Vous comprenez qu’on est un organisme qui est formé de bénévoles avec des moyens assez restreints. Donc, je pense, là, que, en tout cas, selon les priorités, là, qu’on détermine, nous, de notre point de vue puis selon notre perspective, on alloue un petit peu les efforts, que ce soit de nos bénévoles ou bien des ressources que nous avons.

Mais c’est clair que, comme on a dit puis on a répété, l’aide, par exemple, du gouvernement sur ça serait d’un grand secours puis d’une grande aide de façon… Donc, les activités qu’on mène, en général, il y a un programme assez riche, assez varié. Mais c’est très rare qu’on va comme arriver à le mettre en oeuvre au complet avec les ressources qu’on a.

C’est-à-dire le côté que vous avez amené, à savoir former les nouveaux immigrants, disons, à la citoyenneté québécoise, on voit ça très bien dans notre action former. Donc, je rappelle, c’est toujours former. Former absolument les personnes ici, c’est-à-dire de la société d’accueil, mais de l’autre côté aussi. Les immigrants, ils doivent être formés pour connaître leurs droits, connaître leurs obligations, connaître un minimum, disons, de la culture ou de l’histoire du Québec. Puis ce n’est pas difficile. Il y a certaines entreprises, par exemple, certaines grandes organisations qui ont déjà commencé des programmes comme ça.

Le Président (M. Moreau): Merci. Alors, M. Loukili, Mme Kessani, Mme Boulmerka, M. Fathallah et M. Labidi, merci beaucoup d’avoir échangé avec nous cet après-midi. Bien, je n’ai pas besoin de vous souhaiter un bon retour à la maison. Vous êtes tous…

Le Président (M. Moreau): …merci. Alors, M. Loukili, Mme Kessani, Mme Boulmerka, M. Fathallah et M. Labidi, merci beaucoup d’avoir échangé avec nous cet après-midi.

Bien, je n’ai pas besoin de vous souhaiter un bon retour à la maison, vous êtes tous de Québec, alors ça devrait se faire normalement. Bon retour à Québec.

Et je suspends nos travaux pour 10 minutes. Nous reprendrons à 16 h 12.

Mémoire sur le racisme (Raffa R & Foura L.)

Mémoire soumis à la Commission parlementaire sur le racisme.

En août 2005 par Lamine Foura et Touhami Rachid Raffa, citoyens musulmans et membres de la Table de concertation Maghreb

1. Une consultation de plus?

S’il n’y a pas lieu de s’interroger sur la pertinence de la présente commission parlementaire sur le racisme, il conviendrait de se pencher sur les suites réservées à de nombreuses études, analyses, thèses, propositions de comités, conclusions de groupes de travail et autres projets de politiques sur l’intégration des immigrants au Québec, et sur la vulnérabilité de certaines composantes de la société, à savoir les autochtones, les Noirs, les Arabes et les musulmans.

Nous avions salué et accueilli avec espoir la mise sur pied de tables de concertation, basées sur des critères de provenance géographique, au Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) et nous y avons apporté une contribution sincère et qui se veut constructive, en ce qui nous concerne à la Table Maghreb, avec l’aide précieuse de professionnels et de gestionnaires dudit ministère. Or, se pose à nous avec acuité la question de l’usage qui a été fait, au niveau politique du MICC et des autres ministères concernés, des recommandations issues de nos travaux, menés deux ans durant et qui se poursuivent.

Cette entrée en matière n’a guère pour but d’accabler les pouvoirs politiques et publics outre mesure, compte tenu de la complexité des enjeux et des contraintes de toutes sortes. Elle permet toutefois de rappeler à la classe politique, et en particulier aux personnes qui détiennent et exercent le pouvoir certaines vérités.

2. Un constat marqué par le laxisme et l’absence de réelle volonté politique :

Ce qui suit n’est pas qu’une collection de récriminations. Il s’agit d’un exercice visant à mettre en évidence des situations et des décisions contre productives :

– La lenteur du processus de traitement des dossiers de demande d’immigration à l’étranger.

– La réticence des agents d’Immigration Québec à l’étranger à livrer aux requérants l’information la plus réaliste sur des questions capitales concernant l’accès au marché du travail, et en particulier les diplômes, l’expérience en emploi et les ordres professionnels.

– Le délai de 3 mois imposé aux nouveaux immigrants pour bénéficier du droit à la santé.

– La sous-traitance de la sélection d’immigrants ? inadmissible dans un État laïque ? par des communautés religieuses influentes au Québec.

– La sous-traitance de la gestion de services sociaux et de santé à certaines communautés religieuses.

– La volonté de financer à 100% les écoles privées d’une seule communauté religieuse à l’exclusion de toutes les autres.

– La motion unanime de l’Assemblée nationale du Québec de mai 2005 visant expressément ? et exclusivement ? les musulmans au sujet de l’arbitrage religieux en matière familiale, pourtant interdit par le Code civil.

– La décision contestable et très regrettable du cabinet de la ministre du MICC de débattre de cette question uniquement avec des imams et quelques représentants musulmans, choisis selon des critères obscurs, a jeté le trouble dans les communautés concernées qui refusent autant cette sorte d’approche communautariste que la représentativité desdits imams.

– Le refus de tous les chefs des partis politiques siégeant à l’Assemblée nationale, y compris le premier ministre, de même que la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, de répondre aux missives de M. Rachid Raffa au sujet de ladite motion. À cet égard, seule l’insistance de l’intéressé et les rappels qu’il a fait verbalement et par écrit ont permis d’obtenir du cabinet de M. Jean Charest une lettre qui ne répond nullement aux arguments invoqués, de même qu’un simple accusé de réception d’un attaché politique de madame Thériault.

– Le refus du cabinet de madame Courchesne, alors à la tête du MICC, de donner suite à la demande pressante de M. Rachid Raffa de présenter son mémoire, soumis pourtant dans les formes et dans les délais prescrits, sur les niveaux d’immigration en commission parlementaire il y a quelques années.

– Les faibles moyens en ressources humaines et financières alloués à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, dont les longs délais d’enquête et de prise de décision sont notoires et découragent des personnes qui sont déjà craintives et réticentes à se retrouver dans des procédures peu familières, y compris pour réclamer des droits bafoués, n’ayant pas encore intégré la culture de droit et de plein exercice de la citoyenneté.

– L’ouverture annoncée récemment dans la Loi sur les professions reste timide au regard de l’ampleur d’une situation dramatique qui pénalise en les dépréciant, sur les plans professionnel et de la dignité humaine, des milliers de personnes compétentes et de haut niveau, tout en privant la société québécoise d’un grand bassin de compétences dans tous les domaines, infligeant ainsi à celle-ci un énorme gâchis. À cet égard, Montréal et Québec n’ont pas à s’enorgueillir de détenir le déplorable record des chauffeurs de taxis les plus instruits et les plus diplômés.

– La problématique de l’équivalence des études et des diplômes obtenus à l’étranger continue d’entretenir la frustration et l’exclusion et ne semble pas près de trouver de solution claire et à travers un guichet unique.

– Le racisme se manifeste ouvertement par la discrimination à l’embauche dont les Noir(e)s, les Arabes et les musulman(e)s sont ouvertement l’objet, même celles et ceux qui ont étudié au Québec et qui sont titulaires de diplômes d’universités québécoises. Quelles sont les dispositions prises par les autorités pour conter de tels phénomènes qui, parfois, touchent aussi, malheureusement, des jeunes de la deuxième génération qui n’ont que le Québec et le Canada comme pays.

– Certains programmes d’Emploi Québec peuvent se traduire par une discrimination de fait. Ainsi en est-il, par exemple, de la mise à niveau des officiers de la marine marchande non diplômés d’ici et qui n’ont désormais plus droit au financement de ladite formation, en raison d’exigences impossibles à remplir par des immigrants (diplômes d’ici ou contrat de travail d’une compagnie canadienne de navigation !?!).

– Au Québec, la fonction publique et le secteur parapublic ont bien du mal à atteindre l’objectif ? par ailleurs très timide ? qu’ils se sont fixés en matière de recrutement de membres des communautés culturelles, ce qui a pour effet pervers de rendre les concours suspects aux yeux de nombreux candidats issus desdits groupes.

– Un traitement tout aussi discriminatoire existe en matière d’accès au logement, ce qui entretient une certaine ghettoïsation géographique.

– Le fardeau de toute initiative de poursuite en matière de discrimination reste à la charge de la seule victime, sachant que celle-ci n’a souvent pas la capacité technique et encore moins émotive de déposer plainte, ayant importé avec elle la crainte de tout ce qui incarne l’autorité.

– La lutte contre la discrimination reste faible et se limite à des manifestations organisées de manière sporadique, parfois folklorique, comme durant la Semaine interculturelle ou dans le cadre de campagnes électorales, ce qui fait dire à certains qu’on les considère comme des citoyens de seconde zone ou à temps partiel.

Une telle liste laisse perplexe au regard de la responsabilité gouvernementale censée être à la pointe du combat contre le racisme et toutes ses formes d’exclusion. Certaines initiatives ont même eu un effet pervers totalement contraire à l’objectif poursuivi, étant de nature à entretenir, voire exacerber un certain racisme comme les mesures prises, par exemple, en faveur de la communauté juive du Québec, et qui se sont traduites par davantage de sentiments et de réactions antisémites.

En bref, le bilan démontre clairement l’absence d’une réelle volonté politique de faire face au racisme et à la discrimination, en particulier dans les domaines de l’accès à l’emploi ? problématique la plus sérieuse et qui mérite une prise en charge énergique avec obligation de résultats ? et au logement.

Il n’y a pas non plus de volonté avouée et concrète de faire face à la fragilisation des groupes humains les plus vulnérables évoqués ci-dessus et dont des membres se sentent ainsi davantage poussés vers des ghettos, lesquels ? on ne le sait que trop ? ne sont ni dans leur intérêt, ni dans celui de la société québécoise. Cependant, il faut être conscient de la force de l’attrait du ghetto en périodes de crises (accès d’islamophobie en raison d’événements ou de conflits internationaux sur lesquels les musulmans d’ici n’ont aucune prise et qu’ils condamnent; racisme anti-Noirs accru par suite de délits ou crimes commis par des jeunes dits « de couleur »).

La lutte contre la ghettoïsation doit constituer une priorité constante des pouvoirs publics et de la société civile car, outre les adultes concernés, il y a lieu de prendre en compte l’impact sur les enfants qui ne demandent en principe qu’à se fondre dans le groupe, le sentiment d’exclusion pouvant se transmettre, même inconsciemment. L’absence de prise en charge énergique d’une telle réalité explique en partie l’émergence de « gangs de rue » ethniquement identifiés et qui se revendiquent comme tels.

3. Quelques pistes de solutions en guise de recommandations :

Il n’existe pas de solution en dehors d’une réelle volonté politique se traduisant par la combinaison d’interventions directes de deux natures : prévention et répression.

3.1 – La prévention et la pédagogie :

3.1.1 En l’état actuel de la situation, particulièrement au regard du niveau d’acceptabilité sociale en la matière, il n’est pas question de recourir à des mesures de discrimination positive, à moins que les embûches à l’intégration des minorités ethnoculturelles et religieuses persistent ou se renforcent à court ou moyen terme.

3.1.2 Les approches préventive et pédagogique devraient se traduire par la généralisation des programmes de sensibilisation à la diversité dans la société en général, et au sein de la fonction publique et des secteurs parapublics en particulier, y compris les services sociaux, de police et la magistrature. Un changement de culture d’une telle ampleur est d’autant plus indispensable qu’il requiert des efforts soutenus à long terme.

3.1.3 En matière d’accès à l’emploi, il est impératif d’aller au-delà des programmes d’accès à l’égalité qui ne brillent pas par leur succès, pour se doter de programmes efficaces, avec imputabilité et reddition des comptes dans l’ensemble du secteur public provincial et municipal afin que ce dernier reflète davantage, dans ses effectifs, la diversité du tissu social québécois.

3.1.4 Ce n’est qu’ainsi que l’État aura plus de crédibilité aux yeux des communautés culturelles, surtout les plus vulnérables, et auprès de segments du secteur privé qui sont encore réticents à recruter des immigrants, des Québécoises et Québécois de souche plus récente, des gens au faciès ou à l’habillement différent. De plus, ces derniers devraient bénéficier, peu après leur arrivée au Québec, d’une formation de base à la culture du droit et des libertés, de même qu’à un nécessaire apprentissage de l’engagement citoyen.

3.1.5 Il semble pour le moins paradoxal de devoir rappeler aux élus, au gouvernement et aux ministres de s’abstenir de prendre des initiatives s’avérant nuisibles à la paix sociale et pouvant être perçues comme inéquitables, voire discriminatoires par certaines composantes minoritaires comme exposé dans la liste dressée ci-dessus en introduction.

3.2 – La vigilance et la répression

3.2.1 Il est urgent de se montrer vigilant et de réprimer sévèrement toute parole, tout geste ou traitement racistes ou d’exclusion, quitte à introduire des changements législatifs et à créer un véritable observatoire de la discrimination, rattaché éventuellement à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse.

3.2.2 Le rôle et les interventions de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse doivent absolument être revalorisés par des ressources humaines et financières additionnelles et conséquentes, et ce afin que cette institution majeure de la démocratie et de l’État de droit puisse être à la hauteur des attentes du législateur et de la population. Il y a lieu aussi d’étudier l’opportunité de la scission, pour des raisons d’efficacité, d’un tel organisme en deux entités chargées des droits de la personne et de ceux de la jeunesse respectivement et distinctement.

3.2.3 La police devrait être habilitée à recevoir les plaintes pour discrimination, et le procureur de la couronne investi du pouvoir de poursuite en la matière.

4.Au-delà de la nécessaire adhésion à la culture publique commune, le choix du Québec entre multiculturalisme et interculturalisme :

Au-delà desdites recommandations, et en guise de conclusion, il convient d’aborder un débat qui reste en suspens et qui touche la nature même du choix sociopolitique que la société québécoise et son État destinent à leurs immigrants déjà sur place et aux générations à venir.

Il est évident que la majorité des citoyens et des composantes de la société civile a du mal, au Québec, à s’accommoder du modèle du multiculturalisme canadien dont on craint les impacts en termes de fractionnement du tissu social en une multitude de solitudes, voire les échecs comme on l’a vu en Grande Bretagne, même si la comparaison comporte, à cet égard, ses propres limites.

On en a pour preuve les fortes réticences, voire l’opposition qui se manifeste à chaque fois qu’il y a recours à l’accommodement raisonnable pour trouver des solutions considérées comme généreuses par les uns, abusives et dangereuses par beaucoup d’autres, pour l’expression du religieux dans l’espace public. Les réactions fort négatives exprimées au Québec à l’égard de décisions de la Commission des droits de la personne, ou de jugements du Tribunal des droits de la personne et de la Cour suprême en matière de Hijab, lieux de culte, Kirpan, turban, Hérouv et Souka, contrastent avec la relative acceptabilité sociale prévalant au Canada anglais où de telles questions ne soulèvent presque pas de controverse.

Ce n’est pas le lieu de débattre d’une telle différence dans le cadre du présent mémoire; il est néanmoins essentiel de rappeler l’évolution historique récente qui fait du Québec contemporain une société sécularisée ayant livré bataille à la fois pour la laïcité et pour l’égalité des sexes. C’est dire que si le Québec est à cet égard une société bien distincte, ce n’est pas en raison d’une moindre tolérance des Québécois, mais de profondes mutations sociohistoriques internes et, à un degré moindre, de l’influence du modèle français de laïcité, éléments que la société canadienne-anglaise n’a pas connus.

L’inconfort perceptible chez plusieurs intellectuels, dans les médias et dans divers travaux d’études et de recherche, reflète un réel malaise au sein d’une société qui, tout en rejetant le multiculturalisme canadien soupçonné de dérives et de laxisme, n’a pas réellement fait le choix délibéré d’une vraie approche interculturelle qui, sans viser l’assimilation, prétend atteindre l’intégration en son sein.

Si le débat reste ouvert, il mérite d’être tenu et mené jusqu’au bout avec franchise et ouverture, notamment en ce qui a trait à la définition d’un modèle spécifiquement québécois de laïcité qui devrait prendre ses distances de la laïcité d’incompétence à la française, et rechercher sa propre voie d’une laïcité d’intelligence, selon les expressions désormais consacrées du philosophe français Régis Debray. D’ailleurs, une laïcité qui déborde de la stricte neutralité de l’État battrait en brèche une liberté de conscience et de culte garantie par les deux Chartes des droits et libertés, et serait en contradiction avec la réhabilitation tant attendue de la spiritualité ? composante indissociable de la condition humaine ? dans le système scolaire québécois.

Il est clair que l’accommodement raisonnable, tel que défini par la jurisprudence et une pratique qui fait son ?uvre, a du mal à faire pleinement partie de la série d’éléments constitutifs de la culture publique commune du Québec, du fait de l’absence de consensus social en la matière. Le droit fera-t-il évoluer les mentalités à cet égard?

Enfin, il est indéniable que le message destiné aux immigrants par la société d’accueil et l’État québécois manque de clarté. Certains se demandent même s’il en existe réellement un. En effet, la clarté du message est d’une importance capitale pour l’étranger qui s’installe ici et qui se trouve confronté à des débats constitutionnels et politiques relatifs à la place du Québec au sein de la fédération canadienne, au statut de la langue française, au bilinguisme, à la place de la religion à l’école et à d’autres enjeux. À cet égard, la réponse ne peut être que de nature socioculturelle, le Québec ayant parfaitement le droit ? et plus encore la légitimité ? d’exiger des nouveaux arrivants une pleine adhésion à sa culture publique commune.

Celle-ci, contrairement à ce qui est véhiculé par certains courants de pensée, est bien définie par ses composantes que sont la langue française, le droit civil, la Charte des droits et libertés, l’État de droit, l’assise démocratique et la solution pacifique des différends et des conflits. Il y a lieu, même si cela peut paraître redondant à certains égards, de rappeler l’égalité des sexes, les droits de la jeunesse, la solidarité sociale, la laïcité et la tolérance. Il est normal que la liste ne soit pas exhaustive car il vain de vouloir figer une identité nécessairement évolutive.

Cependant, l’adhésion à ces valeurs fondamentales de la culture publique commune du Québec doit constituer l’engagement exigé de l’immigrant aux termes d’une sorte de « contrat moral ». En contrepartie et en vertu dudit contrat moral, cette même personne est en droit de s’attendre à des règles de jeu claires : multiculturalisme ou interculturalisme?

Si la société et le législateur québécois optaient ouvertement pour l’approche interculturelle d’intégration de tous les citoyens ? dont la grande majorité adhère à la culture publique commune ? il leur incombe d’en faire au plus vite une annonce claire et officielle, nécessairement appuyée d’une volonté politique d’agir en ce sens.

Mais est-on sûr de la volonté politique de l’État québécois en la matière? Si tel était le cas, a-t-il réellement les moyens de sa politique?

Respectueusement,

Québec, août 2006